Sophie Hunger – Monday’s Ghost

Quiconque a suivi ne serait-ce qu’un peu l’actualité musicale le sait bien : talent et succès ne font pas toujours bon ménage. La poudre de perlimpinpin d’une campagne marketing bien orchestrée est capable de transformer n’importe quelle citrouille en carosse et un chanteur au filet de voix poussif en grande vedette « populaire », adoubée [...]

Quiconque a suivi ne serait-ce qu’un peu l’actualité musicale le sait bien : talent et succès ne font pas toujours bon ménage. La poudre de perlimpinpin d’une campagne marketing bien orchestrée est capable de transformer n’importe quelle citrouille en carosse et un chanteur au filet de voix poussif en grande vedette « populaire », adoubée par un public trop souvent moutonnier. Alors, forcément, il est toujours prudent de se méfier des hit-parades.

L’histoire de Sophie Hunger, citoyenne suisse d’une petite vingtaine d’années, et le succès récent de son album Monday’s Ghost dans son pays natal incitent donc à la prudence. Au pays du gruyère, comme ailleurs, truster en une semaine la place de numéro un des ventes est un joli coup en terme de business, surtout en cette période de crise du disque, mais y-a-t-il vraiment de quoi en faire tout un fromage ?

Sophie Hunger

Comment ? Sophie Hunger est éditée par un label résolumment indépendant et aux petits moyens ? De surcroit, son disque a atteint le sommet des charts alors que personne n’avait eu l’envie de coller l’autocollant de sa radio ou de son journal sur la jaquette, ni même ressenti le besoin d’utiliser un de ses morceaux pour illustrer un spot publicitaire ou une série à la mode. Il y a donc là de quoi abandonner le regard circonspect généralement accordé aux succès commerciaux pour prêter une oreille attentive au contenu de ce Monday’s Ghost, maintenant distribué en France grâce à Universal Jazz.

Pour décrire Sophie Hunger en quelques mots, il suffit de dire que son véritable talent est celui, toujours rare dans le milieu musical, de raconter des histoires. La demoiselle a, certes, un joli filet de voix qu’elle sait admirablement placer sur des musiques qu’elle a composées. Mais ce qui retient l’attention avant tout, c’est sa faculté à créer un ensemble homogène qui transporte l’auditeur dans ce monde minuscule qu’elle a créé et qui ne durera que le temps d’une chanson. A 25 ans, elle semble maîtriser toutes les finesses de l’art délicat du songwriting, avec une assurance qui n’est pas sans rappeler les plus grands virtuoses en la matière.

Sophie Hunger

Ce qui fait la qualité de Monday’s Ghost, c’est la faculté que possède chacun des treize titres du disque à s’imposer comme une évidence. Les chansons de Sophie Hunger, à peine découvertes, donnent le sentiment à leur auditeur d’avoir toujours été là. Elles coulent de source avec une apparente simplicité qui résulte pourtant d’un équilibre savant. Les percussions, la voix et la mélodie s’entremêlent en une harmonie qui permet à chacun de trouver sa place sans jamais empiéter sur le territoire de l’autre.

Monday's  Ghost

D’inspiration résolument folk, l’album propose suffisamment de variations sur ce thème pour échapper au caractère parfois un peu fastidieux du genre. Ici, Shape s’emballe à mi-chemin pour devenir une chanson pop. Là, Birth-Day s’agrémente d’un solo d’harmonica on ne peut plus dylanesque. Au contraire, lorsque le rythme s’affole et les guitares s’électrisent pour des chansons plus rock (The Tourist, The Boat is Full), la batterie martèle une rythmique plus lourde, n’hésitant pas à prendre le dessus sur l’instrumentation pour s’adapter au chant presque scandé de The Tourist. Mais Sophie Hunger n’hésite pas non plus à faire exploser les codes musicaux, avec Monday’s Ghost et Rise and Fall qui ont tous deux chacun à leur manière des airs de l’Opéra de quat’ sous.

Il ressort de l’ensemble de Monday’s Ghost une étrange impression, celle que Sophie Hunger peut s’autoriser toutes les fantaisies. Quoiqu’elle ose, tant au niveau vocal que musical, le résultat fonctionne avec une efficacité qui jamais ne choque les oreilles. C’est tellement impressionnant que cela ressemble à de la magie alors qu’en réalité, cela s’appelle la grâce, simplement.

Monday’s Ghost, de Sophie Hunger, sortie le  26 janvier 2009 chez Universal Music Jazz.

Initialement paru sur Culturofil.net

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Un Rétrolien

  1. [...] parisien pour y rencontrer Sophie Hunger. Studieux, j’ai écouté son album attentivement et je l’ai aimé immédiatement. Difficile donc de résister à la tentation de lui poser quelques [...]

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