Les Ombres de Chicago de Linnet Burden

Bas les masques, (Deadline USA), et James Cagney, le grand acteur américain des films de gangsters des années 40. Ce sont les deux références qui surgissent à la lecture de cet excellent premier roman d’une journaliste américaine originaire de Chicago. James Cagney est imité à plusieurs reprises par l’un des personnages, le jeune standardiste du [...]

Bas les masques, (Deadline USA), et James Cagney, le grand acteur américain des films de gangsters des années 40. Ce sont les deux références qui surgissent à la lecture de cet excellent premier roman d’une journaliste américaine originaire de Chicago. James Cagney est imité à plusieurs reprises par l’un des personnages, le jeune standardiste du Chronicle, le journal où travaille l’héroïne, une jeune Américaine de 28 ans d’origine portoricaine, Cassandra Cruz dite Cassy. Quant au film avec Bogey1, il n’en est pas fait mention par l’auteure, mais la détermination inébranlable et le professionnalisme sans faille dont fait preuve l’héroïne dans sa lutte contre la corruption y font immanquablement penser.

Les Ombres De Chicago Couverture

Issue de la communauté portoricaine de Chicago, Cassy vit avec Sonia sa mère, sa soeur Maria et les trois enfants de celle-ci, nés de trois pères différents. Le père de Maria et de Cassy a disparu du paysage depuis longtemps. Cassy assume le rôle du chef de famille, assurant le quotidien et les traites de la maison, sa soeur étant aussi instable dans son travail que dans ses relations amoureuses.

Cassy est un bloc de détermination et de volonté. Elle voulait être journaliste, elle l’est devenue, surmontant deux handicaps : son origine et l’absence de diplôme universitaire. Formée par un vieux de la veille, de la génération qui se formait sur le tas justement, en-dehors de la voie des études, Cassy assure la rubrique criminelle du Chronicle, un des journaux locaux. Elle partage son temps entre la « boutique », la salle de presse du quartier général de la police, les commissariats et le terrain, les rues de la ville. Elle a vite appris à ne rien lâcher, à suivre les pistes sans dévier d’un seul pas afin de traquer les infos. Tenace, obstinée jusqu’à l’acharnement, courageuse et ne se laissant pas intimider, hyper pro.

Tout commence au Checkerboard, « club de blues légendaire à Chicago ». Une partie de poker dégénère en bagarre, la police intervient, un des joueurs meurt. Arrivée sur les lieux pour couvrir l’événement, Cassy aperçoit un flic du nom de Martin Hatten. Bouleversée, elle arrive à se contrôler « Reste professionnelle. Sois objective. Tu dois y arriver. » se dit-elle mentalement. Quelques années auparavant Hatten a fait injustement jeter en prison Rico, un jeune Portoricain qui a appris ses premiers mots d’anglais à Cassy lorsqu’elle est arrivée à Chicago à l’âge de cinq ans. Rico a quitté l’école très tôt, s’est mis à dealer et un jour se fait arrêter par Hatten. Il se débat, ce qui rend Hatten fou de rage. Il se met à le rouer de coups, le coéquipier de Hatten s’interpose, Hatten hors de lui le menace, le coup part, le coéquipier meurt. Le seul témoin, un Portoricain dont le visa n’était plus valable, est rapidement expulsé. Depuis, Rico croupit en prison.

En enquêtant sur la rixe du Checkerboard Cassy va découvrir que, là encore, c’est Hatten qui est responsable de la mort du joueur de poker et que le seul témoin, Shorty Mac, se terre, par peur d’être accusé à tort ou éliminé. En cherchant Shorty Mac pour recueillir son témoignage et confondre Hatten, Cassy met à jour d’autres morts suspectes survenues lors de gardes à vue.

On la suit pas à pas dans cette enquête qu’elle mène en parallèle des reportages quotidiens qu’elle doit assurer pour son journal. On découvre grâce à elle les différents quartiers de Chicago, l’ambiance des commissariats, du journal, des bars, de la morgue. Tout est très bien décrit, c’est une peinture réussie de quelques uns des milieux sociaux d’une grande ville américaine. Au-delà, le livre soulève un questionnement d’une autre dimension. Jusqu’où peut-on aller pour être fidèle, loyal envers sa communauté, qu’elle soit professionnelle (les flics) ou ethnique (les Portoricains du quartier Humboldt de Chicago) ? L’alternative est résumée par deux mots : « honnêteté » et « loyauté ».

Avant de mener l’enquête sur Hatten, Cassy savait déjà que le monde n’était pas tout noir ni tout blanc, et que les nuances rendent les choses plus compliquées. En enquêtant sur ce flic pourri, cruel et sans scrupules, Cassy va en rencontrer d’autres, intègres, généreux, qui sont écartelés entre le dégoût que leur inspire la conduite de Hatten et l’esprit de corps qui les unit à lui, en tant que flics. En enquêtant sur ce flic pourri, Cassy va être confrontée au même dilemne, par rapport à un Portoricain qu’elle connaît et admire. Vous n’aurez pas les détails, le mystère doit rester entier pour ne pas gâter le plaisir de la lecture !

L’art de la nuance, l’efficacité du récit, la qualité de la peinture des milieux et des êtres. Tout est là, qui fait de ce livre un excellent moment de lecture. C’est d’une grande qualité, dans la tradition d’un certain roman américain et dans la veine d’un Denis Lehanne. Le Mystic River de Chicago en quelque sorte. Coup d’essai, coup de maître. Bravo !

Les Ombres de Chicago de Linnet Burdon, Cheap, traduit de l’anglais (États-Unis) par Lorraine Darrow, 392 pages, paru le 4 février 2009 aux Éditions Payot & Rivages

Initialement paru sur Culturofil.net

1. Surnom donné à Humphrey Bogart

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  1. [...] ex aequo.Les Ombres de Chicago, le premier roman policier d’une journaliste de la ville à plusieurs faces : référence [...]

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