Marie-Sophie Vermot ne s’en cache pas : c’est pour cicatriser des douleurs de jeunesse qu’elle s’est mise à écrire. Pour avancer et pour construire. Et parce que les mots bercent sa vie depuis qu’elle a appris à écrire et qu’ils l’enchantent. Son thème de prédilection : l’adolescence et ses tourments, ses culpabilités, mais aussi ses départs. Elle l’aborde une fois encore avec ce nouveau roman Dernier jour de beau avant la pluie paru à L’École des Loisirs dans la collection Medium.
Comment devenir adulte ? Qu’est-ce qui fait que la vie va prendre ce sens-là et pas un autre ?

Chloé a 18 ans, un frère aîné Alban et un très bon copain (le meilleur pour Alban) Félicien. Pendant les vacances d’avril, tous les trois décident de partir réviser pour leurs examens de fin d’année (Chloé pour son baccalauréat, les deux garçons pour leur première année de faculté) dans le cabanon que possèdent les parents d’Alban et Chloé en Provence. Pour ne pas rester la seule fille de ce trio singulier, Chloé propose à son amie Madeleine de les accompagner. Orpheline de mère, nouvelle dans leur classe de terminale, cette dernière est devenue très proche de Chloé par affinités certes, mais aussi sans trop savoir pourquoi cette dernière a cherché à se rapprocher d’elle.
Et si cette semaine de détente avant les examens semble des plus réjouissante, la tension et les non-dits n’auront aucun mal à faire exploser cette bonne ambiance toute relative.
Car ce que Madeleine sait sans que Chloé ne se soit véritablement confiée à elle, c’est que celle-ci avait une sœur jumelle, Béryl, décédée accidentellement au cours d’un voyage scolaire en Espagne vingt-et-un mois plus tôt ! Et que la jeune fille se croit l’unique responsable de la mort de sa sœur !
Si les premiers jours au cabanon augurent de joyeux moments de complicités, cela ne va guère durer. Au bout de deux jours à peine, Madeleine et Félicien entament une douce idylle. Alban, le plus sérieux des quatre, entend bien s’amuser certes mais il est là pour réviser. Quant à Chloé, rongée par une culpabilité qui l’étouffe chaque jour davantage, elle partage ses sautes d’humeur à la ronde et provoque une incompréhension générale. Si on ajoute à cela le fait qu’il n’ait pas plu depuis plusieurs semaines et que ce mois d’avril offre des chaleurs jamais égalées, on comprendra mieux l’état de tension perceptible dans lequel ces jeunes gens vont vivre ces « derniers jours de beau avant la pluie » salvatrice et réparatrice.
Dans ce nouveau roman à destination des adolescents et des jeunes adultes, Marie-Sophie Vermot exploite ses thèmes de prédilection à merveille. Les tourments inhérents à cette période « entre-deux » de la vie y sont décrits avec justesse. La culpabilité qui ronge la jeune Chloé est sous-entendue de manière sourde et assez sournoise et crée une tension qui monte en puissance, inexorablement et sans que l’on puisse faire quoi que ce soit pour l’éviter. Comme l’orage qui tarde à éclater, on sait, on sent que quelque chose de grave va survenir mais on reste impuissant et on ne peut qu’attendre et voir ce qui va fatalement arriver et de quelle manière…
Ce qui m’interpelle peut-être davantage est la façon dont Marie-Sophie Vermot exploite le thème de la gémellité. Loin des clichés dont on nous rabat les oreilles à grands coups d’émissions de télévision à sensation, on constate que lorsque l’accident qui a coûté la vie à Béryl s’est produit, Chloé n’en a rien perçu. « Ce n’était pas possible qu’une femme pareille, même diplômée, même rompue à la pratique des adolescents en état de souffrance, soit en mesure de lui donner un coup de main efficace. Ce n’était pas possible d’accorder un crédit à cette Mme Veigne, parce qu’à l’instant précis où la voiture fonçait sur Béryl, ce matin-là, Chloé était tranquillement assise dans la salle de cours, près de sa voisine, une certaine Mathilde Lemonnier, qui venait de la faire rire en imitant à la perfection un tic de leur professeur. Au moment où sa sœur se faisait écraser, Chloé n’avait rien ressenti, ni impression, ni douleur, nada.
En sortant de chez la psychologue, Chloé avait eu la certitude que personne ne pouvait rien pour elle… »
Qu’ajouter de plus ? Tout est dit dans ces quelques phrases. Tout et bien plus encore pour qui sait lire entre les lignes et veut accompagner ces jeunes gens pendant ces quelques jours…
Dernier jour de beau avant la pluie de Marie-Sophie Vermot, 118 pages, à partir de 15 ans, parution en avril 2009 dans la Collection Medium à L’École des Loisirs.
Initialement paru sur Culturofil.net
Mots-clefs :Jeunesse, Littérature







