Mes vacances sans Edgar – Claire Julliard

Après des études de psychologie, Claire Julliard a été institutrice pendant quatre ans tout en écrivant dans des revues. Aujourd’hui, elle est journaliste littéraire et écrivain. Elle a notamment publié une biographie de Boris Vian dont cette année marque le cinquantième anniversaire de la disparition.
Dans Mes Vacances sans Edgar paru dans la collection Medium de [...]

Après des études de psychologie, Claire Julliard a été institutrice pendant quatre ans tout en écrivant dans des revues. Aujourd’hui, elle est journaliste littéraire et écrivain. Elle a notamment publié une biographie de Boris Vian dont cette année marque le cinquantième anniversaire de la disparition.
Dans Mes Vacances sans Edgar paru dans la collection Medium de L’École des Loisirs, Claire Julliard offre aux lecteurs le plaisir de retrouver Charlotte, son héroïne déjà mise en scène dans Robinsone (Medium 2001), qui est un peu son double.

Mes vacances sans Edgar - Claire Julliard

Nouvelle star de la chanson avec sa composition, le tube de l’été Reste avec moi, ma Lolita, repéré lors d’un casting pour une chaîne musicale, Edgar est aussi le petit ami de Charlotte. Du moins c’est ce qu’il était encore il y a peu de temps, quand il n’était pas du tout connu, voire reconnu, et qu’il se complaisait dans le rôle de l’artiste « hors mode » dédaigneux du show-biz et de tout le côté artificiel et clinquant qui y est associé.
Ça donc, c’était avant.
Car aujourd’hui, Edgar a bien changé. Et son dédain n’est plus tourné dans la même direction.

Voulant à tout prix continuer de croire à la réalité de son amour, Charlotte a accepté l’invitation de la famille du jeune homme et passe les vacances d’été avec les cousins d’Edgar à attendre, si ce n’est le retour, au moins une visite de la jeune star.
Fort heureusement, cette visite va finir par arriver et permettre ainsi à tous de s’accepter tels qu’ils sont et d’en finir avec ces jours d’attente infiniment ennuyeux.

Ce qui surprend de prime abord dans ce court roman, c’est le décalage ressenti entre les personnalités de Charlotte et le reste de la famille d’Edgar. Autant la jeune femme est simple, douce et réaliste dans la mesure où elle est toujours bien consciente du changement d’attitude exprimé par Edgar, autant les autres, que ce soient les cousins Émilien et Julius ou les cousines (les deux sœurs Mélanie et Alice, la prétentieuse Annabelle), semblent immatures et d’une personnalité sans grand relief. Si sa jeunesse excuse un peu Émilien, Julius plus âgé se complet dans la dérision et même l’autodérision. De leur côté, Mélanie et Alice trompent leur ennui en se gavant de nourriture. Ce qui les fait regarder de haut par Annabelle, la plus insupportable de tout ce petit groupe.

Mon impression, à travers eux et leurs vacances communes, s’apparente à mon ressenti face à une émission de télé-réalité. Comme dans ce genre d’émission télévisée, les protagonistes se retrouvent isolés, dans un seul lieu, à laisser passer les jours dans l’attente d’une visite quasi inespérée de leur cher Edgar.
Une chose est sûre, ces jeunes gens s’ennuient et ne s’en cachent pas. Et cela, malgré les tentatives désespérées de Julius pour tenter d’égayer un peu l’ambiance. Les jours passent et s’ajoutent les uns aux autres sans aucune surprise. Rien ne peut détendre l’atmosphère pesante, où chacun se surveille et ne peut faire un geste sans que tous les autres n’en soient informés. Rien, mis à part l’arrivée inopinée d’Edgar vécue alors comme une délivrance.
Seulement Edgar a changé. Son succès lui est monté à la tête et, de jeune homme révolté et en opposition constante avec ce monde du spectacle clinquant et artificiel qu’il abhorrait, il en a accepté tous les rouages et les conséquences dans la mesure où cela lui permet de rester au sommet.

J’ai apprécié ce roman de Claire Julliard pour l’étude socio psychologique qu’il nous offre. Le désœuvrement des jeunes et l’attrait de l’argent facile y sont décrits avec une précision qui nous laisse rêveur. La seule question qui me vient à l’esprit est : les jeunes lecteurs se reconnaîtront-ils dans cette histoire ? Probablement non ! Mais est-ce seulement le but de l’auteur ? N’est-ce pas plutôt d’exposer à outrance pour ouvrir au dialogue ?

Mes vacances sans Edgar de Claire Julliard, 146 pages, à partir de 15 ans, parution en mai 2009 à L’ École des Loisirs

Initialement paru sur Culturofil.net

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