Le 21 juillet dernier, à deux heures et cinquante-six minutes UTC1, le monde célébrait dans une confidentialité presque absolue un anniversaire hors du commun. Sans doute encore trop absorbée par le tragique décès, près d’un mois plus tôt, d’un Roi de la Pop prématurément momifié, l’humanité oubliait que, quarante années auparavant, elle vivait pourtant un prodigieux moment de son histoire, son heure de gloire : l’Homme marchait sur la Lune. Triste, désolant constat…
Heureusement, les éditions MK2 ne l’ont pas oublié et ont rendu hommage à cet extraordinaire exploit en publiant un documentaire, intitulé In the Shadow of the Moon, dont les « acteurs » ne sont autres que dix membres survivants du programme Apollo, mené par les États-Unis entre 1961 et 1975. Ce film anglais, dont la première a eu lieu lors du Festival de Sundance 2007 – ce qui lui a par ailleurs valu le World Cinema Audience Award – narre par le menu, de façon plus ou moins chronologique, le programme tel que vécu et raconté par ses principaux protagonistes.
Débuté pour de bien mauvaises raisons – Apollo a été avant tout lancé par le Président Kennedy pour contrecarrer l’intention soviétique équivalente – ce programme a eu, rétrospectivement, des effets infiniment plus positifs. Rêve humain par excellence, la Lune est l’objet de tous les fantasmes et, depuis Cyrano de Bergerac, en passant par Méliès ou Jules Verne, combien ont formulé, un jour, leur envie de savoir ce qui se cachait véritablement derrière l’astre nocturne ? Plus encore qu’une bataille politique, c’est de cela qu’il s’agissait, pour les vingt-quatre hommes ayant participé à cette folie. Sans oublier bien sûr les retombées purement scientifiques des voyages de la Terre à la Lune, car s’il est une chose que ces hommes n’avaient pas imaginée, c’est bien que la Lune nous permettrait de mieux comprendre la Terre, ses origines et son fonctionnement …2

Ces dix hommes nous racontent donc, avec une simplicité et une humilité absolues, leur implication dans le programme, ses différentes étapes… Sans langue de bois, ils évoquent les difficultés qu’ils ont pu rencontrer et, à plusieurs occasions, le manque de professionnalisme de leurs responsables. Des négligences qui, en 1967, causèrent la perte des trois membres d’équipage de la mission Apollo 1 Virgil Grissom, Edward White et Roger Chaffee, suite à un incendie lors d’un exercice au sol3. De la bouche même de Buzz Aldrin et Michael Collins, nous vibrons lorsque Neil Armstrong – malheureusement absent de ce documentaire – prononce la désormais célèbre « That’s one small step for a man, one giant leap for mankind4 ». Un bond de géant en effet, car, en ce soir du 21 juillet 1969, l’humanité toute entière marchait bel et bien sur la Lune. De la bouche du commandant Jim Lovell, nous vivons la catastrophique Apollo 13, immortalisée de belle manière par Ron Howard dans son film éponyme5. Ces dix hommes nous parlent de leur rapport au monde, de la façon dont, depuis l’orbite lunaire, ils sont tombés amoureux de leur planète d’origine. Ils parlent de philosophie, d’écologie, de mysticisme… Le tout accompagné d’images d’archives à couper le souffle.
Côté bonus, l’éditeur a privilégié la qualité à la quantité, et nous fournit donc plusieurs documents tous plus fascinants les uns que les autres. Dans La Naissance de deux géants, l’historien de l’espace Jacques Villain retrace les origines du programme spatial états-unien dans une interview d’un peu moins de six minutes et demie. Saturn V, un lanceur à la hauteur est un documentaire de six minutes environ lors duquel le physicien Alain Dupas et Jacques Villain nous détaillent la genèse et le fonctionnement de Saturn V, le lanceur6 qui a permis à cette poignée d’hommes d’aller sur la lune, une véritable merveille de technologie. Lors de l’amusant Compte à rebours, Jacques Villain, là encore, nous raconte une petite anecdote concernant le fameux compte à rebours précédant chaque lancer. C’est le spationaute Jean-François Clervoy qui nous présente Qui sont les explorateurs de l’espace ?, un documentaire d’un peu plus de cinq minutes lors duquel il nous confie ses impressions sur ces hommes de l’espace, sur leur fonction, leurs obligations, leurs connaissances et leurs origines. Enfin, pour clore le chapitre bonus, Un nouveau regard sur la planète, présenté par le philosophe Jacques Arnould, vient, un peu plus de cinq minutes durant, appuyer les propos des astronautes du programme Apollo, qui déclarent unanimement que leur regard sur la Terre a changé lors de leur voyage. De loin, notre planète semble si fragile, perdue au milieu de l’immensité de l’univers, et il se dégage, plus que jamais, ce sentiment que la Terre n’appartient pas à l’Homme, mais que l’Homme appartient bel et bien à la Terre.

In the Shadow of the Moon est un documentaire intelligent qui saura se faire apprécier des profanes comme des amateurs. Très bien réalisé, bourré d’images d’archives plus captivantes les une que les autres, il nous permet surtout de découvrir ces hommes exceptionnels dans toute leur sagesse, leur simplicité, avec tout leur humour et leur regard sur un monde qu’ils ont pu contempler comme personne d’autre avant eux.
Un classique instantané.
In the Shadow of the Moon, un film documentaire de David Sington et Christopher Riley
Sortie le 2 juillet 2009
Avec : Buzz Aldrin, Michael Collins, Alan Bean, Jim Lovell, Edgar Mitchell, David Scott, John Young, Charles Duke, Eugene Cernan et Harrison Schmitt
Photographie : Clive North
Musique : Philip Sheppard
Caractéristiques techniques : film anglais ; 103 minutes ; couleurs ; format 1.77 – compatible 16/9 ; version originale sous-titrée stéréo et dolby digital 5.1
Crédit photographique : MK2 (Images NASA)
Initialement paru sur Culturofil.net
1. Le Temps universel coordonné ou UTC est une échelle de temps adoptée comme base du temps civil international par la majorité des pays du globe.
2. L’étude du sol lunaire grâce aux divers prélèvements de roches faits par les hommes d’équipage, la disposition de capteurs sismiques à la surface du satellite terrestre, le lancement de mini-satellites artificiels chargés d’étudier le soleil – la Lune n’ayant pas d’atmosphère, elle offre une vue dénuée de toute perturbation – ont permis d’émettre un certain nombre d’hypothèses nouvelles sur la formation des planètes de notre système solaire.
3. Des problèmes de conception et d’organisation, dûs en partie à l’empressement de la NASA pour arriver les premiers sur la Lune face aux Soviétiques, ont provoqué cet accident : l’utilisation de mauvais composants a eu pour effet le déclenchement d’un court-circuit sous le siège des astronautes. Sous l’effet de l’environnement d’oxygène pur pressurisé, l’incendie s’est propagé à une vitesse fulgurante dans la cabine. Dans l’impossibilité de sortir – l’écoutille ne disposant pas d’un système d’ouverture d’urgence comme c’était le cas des capsules Mercury – les trois hommes furent tués en moins de neuf secondes.
4. Littéralement : « C’est un petit pas pour un homme, mais un bond de géant pour l’humanité ».
5. Aux amateurs, nous ne saurions trop conseiller l’édition collector du DVD sur laquelle figure un commentaire audio absolument fascinant par Jim Lovell et sa femme Marilyn.
6. Un lanceur est une grosse fusée, composée de plusieurs compartiments qui se détachent au fur et à mesure du vol. Saturn V est le lanceur utilisé par la NASA pour les programmes Apollo et Skylab entre 1967 et 1972. Il était composé de trois étages, pour une hauteur avoisinant cent-dix mètres et une masse de près de trois mille tonnes au moment de son décollage.








