Le Jour des morts-vivants – George A. Romero

En 1968, un jeune homme d’à peine 28 ans sort un film singulier. Tourné le week-end avec des amis pour un budget plus que modeste1, La Nuit des morts-vivants (Night of the Living Dead), puisque c’est là son titre, va tout simplement révolutionner – et pour une fois, le mot est faible – le monde [...]

En 1968, un jeune homme d’à peine 28 ans sort un film singulier. Tourné le week-end avec des amis pour un budget plus que modeste1, La Nuit des morts-vivants (Night of the Living Dead), puisque c’est là son titre, va tout simplement révolutionner – et pour une fois, le mot est faible – le monde du cinéma. Son auteur-réalisateur, le désormais célèbre George A.2 Romero va quant à lui entrer au panthéon des visionnaires en proposant une œuvre bouleversante de justesse dont le final, absolument tétanisant, embrasse tout un pan de la culture nord-américaine de l’époque3. Un auteur était né, une légende était créée.

Day of the Dead

Bien que sans lien temporel ou narratif direct avec son premier film, Zombie (Dawn of the Dead), deuxième volet de sa fameuse « saga des morts-vivants » paru en 1983, est néanmoins une suite logique. Même esprit, même critique d’une société décadente : Romero aime mettre un grand coup de pied dans la fourmilière, et le fait d’admirable façon. Film immédiatement culte, il engendrera un nombre impressionnant de remakes plus ou moins avoués, de copies plus ou moins réussies, de plagiats plus ou moins flagrants. Car si La Nuit des morts-vivants et a fortiori Zombie ne sont pas les premiers films à mettre historiquement en scène des zombies4, ils définissent cependant le personnage tel qu’il est ancré aujourd’hui dans l’inconscient collectif : décharné, putrescent, la démarche lente – attribuée au rigor mortis dont ils sont naturellement victimes –, leur « langage » se limitant à de longs râles et borborygmes.

La Nuit des morts-vivants se concluait sur un espoir : il restait des survivants qui luttaient contre les zombies. Zombie, quant à lui, se terminait sur une note autrement plus désespérée, les morts-vivants ayant manifestement pris le contrôle, et les protagonistes étant contraints à se cacher, à fuir, voire à se suicider pour certains. C’est donc tout naturellement que nous retrouvons les personnages du Jour des morts-vivants reclus dans la sécurité éphémère d’un ancien silo à missiles de la guerre froide. Sans conteste, ce troisième volet de la saga est le plus pessimiste, le plus dépressif des trois premiers films5, une impression renforcée par une mise en scène toute en lenteur. Le monde est désormais entièrement recouvert de zombies, et seuls quelques humains parviennent péniblement à survivre. Nous suivons donc un groupe de survivants composé de quelques civils, de militaires et de scientifiques chargés de trouver un remède à l’épidémie, en vain. En proie à des obligations et pressions colossales, ces trois groupuscules vont dépasser le simple cadre de leurs fonctions, quitte à mettre en péril leur propre survie : les militaires seront amenés à installer peu à peu un régime martial, les scientifiques se détourneront de leur objectif premier pour expérimenter sur les limites entre la vie et la mort, et les civils, piégés entre deux groupes qui ont perdu tout contrôle, en viendront à chercher à s’enfuir, à tenter leur chance à l’extérieur.

Day of the Dead Jaquette

Opening nous fait donc l’honneur d’une sortie en blu-ray de ce chef-d’œuvre du cinéma de genre, lui qui n’a jamais été l’objet d’une sortie DVD correcte, du moins en France. Il fallait aller chercher du côté des États-Unis, avec le DVD proposé par Anchor Bay, pour avoir droit à un transfert de qualité, respectueux du format d’origine (l’édition française, toujours par Opening, était au format 1.33 alors que le film a été tourné en 1.85, et n’offrait qu’une piste audio dolby digital mono, là où le DVD édité par Anchor Bay offrait un DTS surround). Nous avons donc droit à un très beau master haute-définition entièrement restauré pour l’occasion, étonnant de précision et de netteté pour un film qui commence maintenant à dater et qui, surtout, ne disposait pas de moyens colossaux6. Le grain de la pellicule se fait sentir sans pour autant être trop présent à l’image, et on redécouvre véritablement un film en forme de fable, les monstres et l’hémoglobine servant à cacher une critique sociale des plus pertinentes. Jean de La Fontaine doit s’en retourner dans sa tombe, ce qui, pour Romero, est certainement une excellente chose !

C’est du côté des bonus que cette édition déçoit, et pas qu’un peu. Encore une fois, l’édition DVD par Anchor Bay était bourrée de bonus plus intéressants les uns que les autres. Pour ce blu-ray, il faudra se contenter du film Le Jour des morts-vivants 2 : Contagium. Prequel « officiel »7 du Jour des morts-vivants, ce film sans le sou est un festival de pantomime de la part d’acteurs dépourvus de la moindre once de talent, une farandole d’effets très spéciaux, sans oublier bien sûr un scénario manifestement laissé à l’abandon. Il faut bien le dire : ce Contagium est très mauvais, et on aurait sans regret fait l’impasse. Reste la musique de John Harrison sur Le Jour des morts-vivants, qui est un des fleurons de la bande originale de film d’horreur, parmi ce qui se faisait de mieux à l’époque, avec toute la grâce et l’inspiration des années 80 !

Day of The Dead

Ce blu-ray vaut donc surtout pour la qualité de son image. Le son est loin d’être mauvais, mais tient tout juste la comparaison avec le DTS proposé sur l’édition DVD américaine, que les fans absolus préféreront sans doute pour la richesse de ses bonus. Reste que ce blu-ray est une bien belle façon de découvrir le film, en version originale sous-titrée ou en version française, ce que ne propose pas le DVD américain, et qu’il est sans doute possible le meilleur support disponible aujourd’hui en France.

Mais, quand même, quoi, mettre Le Jour des morts-vivants 2 : Contagium en bonus, c’est juste pas possible…

Le Jour des morts-vivants (Day of the Dead), un film de George A. Romero, scénario de George A. Romero, sorti le 19 août 2009
Avec : Lori Cardille (Sarah), Terry Alexander (John), Joseph Pilato (Capitaine Rhodes) et Howard Sherman (Bub)
Photographie : Michael Gornick
Musique : John Harrison
Caractéristiques techniques : film américain ; 101 minutes ; couleurs ; format 1.85 – compatible 16/9 ; version originale sous-titrée en français et version française PCM 2.0
Crédit photographique : Opening

Initialement paru sur Culturofil.net

1. Les estimations tournent autour de 114 000 dollars, ce qui, même pour l’époque, est ridicule.
2. A. Pour Andrew.
3. Merci de ne pas lire ce qui suit si vous n’avez pas vu La Nuit des morts-vivants. Au fur et à mesure du film, le groupe de survivants s’est peu à peu réduit à un seul homme, un afro-américain du nom de Ben, qui a fini par se réfugier dans la cave de la maison que le groupe occupait depuis le début du film. Alors que le soleil se lève, il décide de sortir pour voir si la voie est libre. Alors qu’il passe la tête par la fenêtre, un groupe d’humains qui parcourt les environs à la recherche de survivants l’abat d’une balle dans la tête, le prenant pour un zombie. Il faut savoir que le film sort en 1968, qu’il est donc tourné juste après, notamment, les émeutes raciales qui ont éclaté un peu partout aux États-Unis vers le milieu des années 60, et notamment dans le quartier de Watts à Los Angeles. À la lumière de tels événements, le fait qu’un blanc tire sur un noir en le confondant avec un monstre est d’un cynisme à toute épreuve.
4. Rappelons que le zombie, ou zombi, est un mythe issu de la culture Vaudou.
5. Il faut savoir que la saga des morts-vivants comptait jusqu’à peu trois films, et Day of the Dead était l’épilogue de cette trilogie. Toute fois, en 2005, George Romero est revenu à la charge avec Land of the Dead, brisant ainsi cette dynamique de trilogie. D’autant plus que Diary of the Dead, cinquième et dernier film à ce jour de la saga – avant Survival of the Dead prévu pour cette année –, est sorti en 2008.
6. Son budget est estimé à 3,5 millions de dollars seulement.
7. Bien qu’annoncé comme tel du fait qu’il a été produit par Taurus Entertainment Company, détenteur des droits du film original, aucun des intervenants à l’origine du Jour des morts-vivants n’a eu quoi que ce soit à faire avec Contagium.

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