Yes Man de Peyton Reed, le blu-ray

Dans le jargon cinématographique, le terme « Yes Man » s’emploie généralement pour qualifier un réalisateur peu exigeant, carriériste au point d’accepter n’importe quel projet, quitte à ne pas avoir son mot à dire quant à son bon déroulement. Un réalisateur qui accepte sans broncher toutes les demandes des producteurs du film, qui ne remet [...]

Dans le jargon cinématographique, le terme « Yes Man » s’emploie généralement pour qualifier un réalisateur peu exigeant, carriériste au point d’accepter n’importe quel projet, quitte à ne pas avoir son mot à dire quant à son bon déroulement. Un réalisateur qui accepte sans broncher toutes les demandes des producteurs du film, qui ne remet jamais en question les choix esthétiques et narratifs de ceux-ci. Le « Yes Man » est donc un non-réalisateur, un simple exécutant à la limite du prête-nom1. « Drôle de titre pour un film », me direz-vous…

Yes Man

Carl Allen est un homme aigri depuis le départ de son ex-femme Stephanie, qui voit la vie en noir, se complaît dans une certaine solitude et refuse catégoriquement de voir les choses de façon positive. Employé de banque affecté au service des prêts, il refuse systématiquement toute demande qui lui est faite. Sa vie va cependant basculer quand un ami l’encourage à assister à un séminaire tenu par Terrence Bundley, un gourou dont le credo consiste à dire « oui » à tout. Ce dernier met Carl au défi de respecter cet engagement, et c’est ainsi que notre bon héros va prendre des cours de pilotage, apprendre le coréen, à jouer de la guitare… bref, répondre « oui » à tout ce qu’on lui propose, pour le meilleur ou pour le pire. Il rencontrera l’excentrique Allison, une jeune femme pleine de vie, chanteuse dans un groupe étrange, dont il tombera amoureux. Mais à force de dire « oui » à tout, la jeune femme commence à douter de sa sincérité…

A première vue, un tel scénario sent quelque peu le réchauffé. Et pour cause, en 1997, Jim Carrey interprète le rôle d’un avocat qui néglige sa famille – et plus particulièrement son jeune fils Max – et qui se voit soudain tenu de dire la vérité dans le sympathique, mais oubliable, Menteur, menteur de Tom Shadyac, après que son fils en a fait le souhait en soufflant une bougie d’anniversaire. Dès lors, l’homme se voyait plongé dans tout un tas de situations aussi inextricables qu’embarrassantes. Un film qui se concluait par les longues promesses d’un père cherchant à faire amende honorable et par un flot dégoulinant de bons sentiments.

Yes Man Jaquette

Un point de départ quelque peu similaire, pour deux films aux intentions contradictoires. Si Menteur, menteur prônait au final une certaine responsabilisation, certaines valeurs parentales, il en va très différemment de Yes Man dont l’intention reste avant tout d’exhorter les spectateurs à mettre un peu le foutoir dans leur vie, à accepter des choses qu’ils auraient refusées par ailleurs, à voir la vie sous un autre angle. Dans cette optique, Yes Man s’apparente d’avantage à La Nuit au musée 2, qui, par opposition à un premier épisode plus « sage », soufflait un « fais ce qu’il te plaît » parfaitement politiquement incorrect à l’oreille du public.

Yes Man s’attarde donc longuement sur les effets bénéfiques que la « positive attitude », prônée comme art de vie par notre Lorie visionnaire, peut permettre de connaître. Au travers d’un cortège de situations plus drôles les unes que les autres, la vie de Carl va changer radicalement, il va finir par s’ouvrir aux autres, au monde et, par là, à lui-même, il va trouver l’amour et, surtout, apprendre à le conserver. Certes, le film reste très gentillet mais nous épargne le supplice moralisateur de nombreuses comédies familiales, ce qui est déjà un plus remarquable.

Yes Man

Warner nous propose donc un blu-ray de Yes Man, paru sur nos écrans en janvier 2009, et livre un master haute définition au piqué irréprochable, l’image est tout simplement magnifique. Pas étonnant, quand on sait que la firme soigne infiniment plus les sorties de ses films blu-ray que de leurs équivalents DVD – les derniers films de la saga Harry Potter sont là pour en attester –, souvent bâclés et dont l’image souffre de problèmes récurrents de compression2. Les cinéphiles équipés d’un système haute définition gagneront donc certainement à se procurer ce film en blu-ray plutôt qu’en DVD.

Au rayon des bonus, l’éditeur n’est là encore pas avare, et nous offre plusieurs featurettes donc l’objectif premier est visiblement de montrer à quel point Jim Carrey est déjanté, même quand la caméra ne tourne pas, comme le prouve Break sur le tournage de Yes Man avec Jim Carrey. Il en va d’ailleurs de même pour Dire « Oui » pour un « Red Bull » ! qui en profite pour en remettre un petit coup question product placement. Inutile, mais plutôt drôle. Les autres acteurs ne sont pas en reste, comme le démontre Yes Man, être populaire selon Norman Stokes (Rhys Darby), dans lequel l’acteur nous fait faire le tour de son appartement dans le film, lieu de tous les excès – et notamment d’une soirée thématique « Harry Potter » des plus mémorables. Dans Les cascades du film – Les cascades insensées accomplies par la Star, plus intéressant déjà, nous pouvons voir que Jim Carrey s’est impliqué dans le film au point de réaliser certaines de ses propres « cascades », telles le saut en élastique ou la descente en rollers finale. Le faux documentaire Sons futuristes des Munchausen by Proxy nous explique la fulgurante ascension du groupe mené tambour battant par Allison, interprétée par la pétillante Zooey Deschanel, et fait écho à cinq vidéos, faux-clips reprenant les titres du groupe que l’on peut entendre lors du film. Les Coulisses avec Danny Wallace : Le vrai Yes Man nous montre l’auteur du livre dont est tiré le film dans une visite guidée du plateau de tournage. L’incontournable bêtisier clôt enfin cette sympathique galerie de bonus.

Yes Man

Sans révolutionner le cinéma ni même le genre comique, Yes Man se regarde avec beaucoup de plaisir. Inspiré de l’histoire vécue par Danny Wallace, le film bouscule un peu les conventions et distille, mine de rien, un savoureux parfum de chaos dans l’air.

Acheter Yes Man en blu-ray : « Yes We Can ! »3

Yes Man, un film de Peyton Reed, scénario de Nicholas Stoller, Jarrad Paul et Andrew Mogel d’après l’œuvre de Danny Wallace, sortie le 22 juillet 2009
Avec : Jim Carrey (Carl Allen), Zooey Deschanel (Allison), Bradley Cooper (Peter), Rhys Darby (Norman), Danny Masterson (Rooney) et Terence Stamp (Terrence Bundley)
Photographie : Robert D. Yeoman
Musique : Mark Everett et Lyle Workman
Caractéristiques techniques : Film américain ; 103 minutes ; couleurs ; format 1.33 – 4/3 ; version originale sous-titrée et version française mono
Crédit photographique : Warner

Initialement paru sur Culturofil.net

1. Il faut savoir que le système de production anglo-saxon diffère du système français de par le statut même du réalisateur : en France, il est considéré comme l’auteur des images du film, sur lequel il exerce un droit de propriété et une autorité inaliénables. Aux État-Unis, le réalisateur est considéré comme un technicien, au même titre qu’un machiniste. Il peut être renvoyé en cas de désaccord ou de faute grave, comme n’importe quel employé. Les images appartiennent quant à elles à la production.
2. Nous précisons que notre article ne porte cependant pas sur la version DVD de Yes Man, que nous n’avons pas testée, et dont nous ne jugerons pas de la qualité. Il s’agit plutôt d’un constat global.
3. Slogan sur-médiatisé de la campagne présidentielle menée par l’actuel Président des États-Unis, Barack Obama, avec le succès qu’on lui connaît. Il se traduit littéralement par « Oui, nous le pouvons ! ».

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