Soirée d’ouverture du Festival d’Île-de-France, la salle du Trianon se remplit pour une représentation qu’il faut bien qualifier de risquée. En effet, les concerts de cette vaste catégorie qu’il convient d’appeler « musiques du monde » ne sont jamais les plus aisés.
Sur scène, la plupart des artistes, que ce soit dans les musiques populaires ou classiques, ont pour objectif de faire preuve de talent et de communiquer leur enthousiasme au public. Mais dans le domaine des musiques traditionnelles, la tâche est plus ardue : non seulement, le musicien se doit d’arrêter le temps mais il est aussi dans l’obligation de jouer avec la notion d’espace pour permettre à ceux qui l’écoutent de se laisser transporter dans le petit bout d’ailleurs qu’il vient transmettre.
Et ce soir-là, c’est le Moyen-Atlas marocain qui est convoqué, le terroir musical de Cheikha Cherifa et Hadda Ouakki qui, toutes deux, doivent le temps d’un récital transformer les dorures du balcon du Trianon en un village berbère. Leur musique, forme de poésie rurale chantée, est une musique de fête, une musique populaire, bien loin des codes figés de la tradition arabo-andalouse.

Cheikha Cherifa est une très grande chanteuse, sa discographie en atteste1 mais quiconque a eu le plaisir de la découvrir en concert retiendra avant tout qu’elle est une artiste de scène. En plus d’une voix splendide, elle dispose d’une présence hors du commun qui lui fait littéralement habiter chaque centimètre carré éclairé par les projecteurs.
Entourée d’une formation réduite sur le plan musical (deux percussionnistes au bendir et un lotar), elle livre une prestation impeccable et, surtout, se met le public dans la poche avec une facilité déconcertante : quarante-cinq minutes de chant de très haute volée sans aucune pause terminées par un final constitué uniquement de percussions.

Hadda Ouakki prend le relais avec un ensemble plus étendu. Trois danseuses et le formidable violoniste Moulay Halouani complètent le modèle proposé auparavant. Et leur présence sur scène n’est pas de trop pour souffrir la comparaison avec Cheikha Cherifa. Celle qui est la mère spirituelle de toutes les chanteuses berbères fait montre de tous ses talents et de sa grande habileté dès qu’il s’agit d’alterner les changements brusques d’octaves.
En moins de deux heures, l’ambiance festive d’une nuit de ramadan a réussi à investir une salle de concert parisienne. Si les deux grandes voix de l’Atlas sont évidemment responsables de cette athmosphère réussie, le succès de cette soirée d’ouverture du Festival d’Île-de-France doit aussi beaucoup aux roulements de hanches sensuels des danseuses de Hadda Ouakki ou au regard de Cheikha Cherifa, rempli de son réel plaisir de chanter. Voilà, en tous cas, une bien jolie manière de commencer un évènement placé sous le signe de la féminité.
Les Cheikhat du Maroc, les poétesses berbères du Moyen-Atlas, Concert du Vendredi 4 Septembre 2009.
Soirée d’ouverture du Festival d’Île-de-France.
Avec : Cheikha Cherifa (Chant), Raho El Moussaoui & Abderrahim Agour (Choeur et bendir) et Aziz Aarim (Choeur et lotar)
Et : Hadda Ouakki (Chant), Malika Lachgar, Hadda Fertahi & Aicha Adarouch (Danse et chorale), Abdellah Zahraoui (Chant et bendir), Abdelhakim Mourad (Bendir), Hamid Chnani (Lotar) et Moulay Halouani (Violon)
Crédit photographique : Festival d’Île-de-France
Initialement paru sur Culturofil.net
1. On citera notamment son album, Berber Blues, paru chez Long Distance et indispensable pour les amateurs de chant berbère.
Mots-clefs :Concert, Festival, Musique








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