Chris Garneau – El Radio : attachant pour un Meccano

Douze titres, comme autant de mois dans l’année, partagés en quatre saisons qui rythment le second album de Chris Garneau, après son Music for Tourists fragile et introverti de 2007, et qui a pour nom El Radio.
Un concept album, peut être, genre qui revient un peu à la mode cette année1 ? Que nenni ! [...]

Douze titres, comme autant de mois dans l’année, partagés en quatre saisons qui rythment le second album de Chris Garneau, après son Music for Tourists fragile et introverti de 2007, et qui a pour nom El Radio.

Un concept album, peut être, genre qui revient un peu à la mode cette année1 ? Que nenni ! Et du reste ce clivage en quatre sous-parties,2 pour joliment désuet qu’il soit, apparaît bien factice ; une grille de lecture en forme de clin d’œil appuyé : El Radio comme un recueil de comptines enfantines pour toute l’année3.

Chris Garneau - El Radio

Un nouveau disque donc, qui prend ses aises quand le précédent, tout empreint de mélancolie et de timidité maladive, louchait trop du coté de l’Illinoise4 pour être jugé autrement que comme une première esquisse. Chris Garneau a défait le col empesé de sa chemise de clergyman, et s’il ne se vêt pas encore en Hawaïen, ou en mac d’Harlem, sûr quand même que ses anciennes fréquentations séminaristes auront un peu de mal à le reconnaître avec cet album.

A l’instar de Antony and the Johnson, autre référence obligée lorsque l’on parle de lui, encore qu’à mon sens les deux garçons (? nécessaire s’agissant d’Antony tout de même) partagent surtout une certaine altitude vocale5, Chris Garneau est une sorte de déconstructeur de l’histoire de la pop musique. Un de ces rares artistes qui trouvent leur plaisir dans le grand branle-bas qu’ils provoquent en écrivant des chansons qui empruntent à un prisme d’influence extraordinairement large, bien que strictement pop6.

Chris Garneau a mis son joli manteau punk pour descendre l'escalier

C’est en cela que ce nouveau disque offre à son auditeur un voyage attachant, rempli de territoires aux reliefs et à la végétation luxuriante, toujours renouvelés. Des Beatles à Au Revoir Simone (la longue intro de The Leaving Song qui ouvre l’album), en passant par Elliott Smith (le No More Pirates titre phare de l’album comme le Hometown Girls qui lui succède), chaque amateur d’une pop raffinée voire un brin maniérée, trouvera son comptant de paysages musicaux attrayants.

Mais, il faut admettre que c’est aussi en cela que la musique de Chris Garneau trouve encore actuellement ses limites, quand celle d’un Antony sus-cité trace incontestablement sa propre et étrange voie (qu’on aime ou non du reste).

Petit garçon7 jouant avec talent à faire exploser les codes habituels de la pop, Chris Garneau en est encore au stade du Meccano, ramassant des bribes de ci, des bouts de ça, pour construire patiemment des édifices qui, s’ils ont rejeté tous les styles précédents, n’en ont pas encore acquis de personnel. Une musique sui generis en quelque sorte, mais comme un plant dont on peine à reconnaître les racines et qui, faute d’être au fait des soins qui lui sont le mieux adaptés, produit au moins autant de sauvageons que de fruits mûrs.

Mais que l’homme domestique son excentricité, qu’il canalise son imaginaire musical en le faisant tendre vers un but (avoué ou non d’ailleurs)…

Tiens et s’il se donnait comme objectif de se séparer des restes d’americana new age qui encombrent son étagère, et de s’inscrire dans l’héritage d’un Robert Wyatt ? En aurait-il l’étoffe ? Ce n’est pas si improbable.

El RadioChris Garneau – Paru le 15 septembre 2009 chez  Fargo

1. Los Chicros et leur Radiotransmission, Alexander Faem et son Agent 238, à la fine pop estampillée sixties françaises sur lequel il faudra bien que j’arrive à glisser ici quelques lignes élogieuses.
2. April showers ; Il fait chaud (en français dans le texte) ; In autumn; Winter songs
3. Bien malin, en effet, celui qui pourrait affecter les différents titres à chacune des saisons sur la seule base de leur écoute.
4. Référence bien sûr à l’album de Sufjan Stevens
5. Pour le reste, pour ma part je ne trouve qu’assez peu de communauté de vision musicale entre Epilepsy is Dancing et No More Pirates par exemple
6. Oui, sachons raison garder, il serait assez aventureux d’imaginer que le MC5, les Stooges, ou même les Rolling Stones sont des marqueurs de la musique de Garneau
7. Il en joue assez pour qu’on puisse ici l’écrire.

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Un Rétrolien

  1. [...] c’est pas moi qui allait m’y mettre, particulièrement aujourd’hui. Encore quand je chronique un Garneau, même une Alela Diane, je ne traîne pas derrière moi le fardeau léger des souvenirs ; aucune [...]

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