Dobermann de Jan Kounen, le blu-ray

Dans la deuxième moitié des années 90, le cinéma de genre français – ou réalisé par des français – connaît une période de prospérité relative : Christophe Gans vient de finir Crying Freeman et prépare son Pacte des Loups ; La Haine propulse Mathieu Kassovitz sur le devant de la scène et Assassin(s) défraie la [...]

Dans la deuxième moitié des années 90, le cinéma de genre français – ou réalisé par des français – connaît une période de prospérité relative : Christophe Gans vient de finir Crying Freeman et prépare son Pacte des Loups ; La Haine propulse Mathieu Kassovitz sur le devant de la scène et Assassin(s) défraie la chronique ; Jeunet quitte Caro après la délicieuse Cité des Enfants Perdus pour tourner le quatrième et dernier volet de la saga Alien. Les frenchies aiment le cinéma de genre et le font savoir ! Dans ce contexte un peu particulier, des réalisateurs atypiques vont faire leur apparition. Souvent issus du milieu du court métrage, ils vont se faire un nom grâce à la violence de leur propos. C’est ainsi que le surestimé Gaspar Noé va bouleverser la France puritaine avec Carne et le long métrage qui lui suivra, Seul contre tous, et qu’un jeune réalisateur d’origine néerlandaise va tourner son premier long métrage, Dobermann, après le déjanté Vibroboy et le remarqué Le Dernier chaperon rouge. Son nom ? Jan Kounen.

Dobermann - Vincent Cassel

L’histoire tient sur un mouchoir de poche : le Dobermann est un dangereux criminel que rien n’arrête. Il braque banque sur banque, provoque la police et n’hésite jamais à avoir recours à la violence pour défoncer ceux qui oseraient lui barrer la route. Entouré d’une équipe de fous furieux, tous plus crétins et violents les uns que les autres, il va jouer au chat et à la souris avec un flic retors, raciste, drogué et cruel : Cristini. C’est tout ? Visuellement le film a tout pour faire des émules : montage ultra-cut, mouvements de caméras en tout genre et explosions à tire-larigot. Malheureusement, à trop vouloir en faire, le réalisateur oublie le propos de son film. Ceux qui n’auront pas succombé à une fracture de la rétine auront donc le plaisir de découvrir des acteurs en roue libre, qui interprètent comme ils le peuvent des dialogues d’une bêtise affligeante.

Manifestement, Jan Kounen vise le second degré, et réfute le propos – si propos il y a vraiment – de son film en l’enfouissant sous une tonne et demie de situations ridicules, de personnages grotesques et/ou haïssables et de dialogues creux. On sent l’influence d’Orange Mécanique de Stanley Kubrick, le réalisateur ne se gène d’ailleurs pas pour citer ce film comme une de ses références pour Dobermann. Toutefois, ce qui a fait d’Orange Mécanique le film polémique qu’il a été, c’est justement cette absence de second degré facile. Le film de Kubrick était volontairement dur, et son propos n’était pas de choquer pour choquer, mais de pousser le spectateur à réagir, à se révolter, à aller au-delà de ce qu’il voyait. Ce que le film de Kounen ne parvient jamais à faire, évidemment. À trop faire de ses personnages des caricatures – avec une mention spéciale pour Cristini, qui cumule à lui seul tous les vices de l’Univers –, le réalisateur oublie de raconter leur histoire, et ses personnages ne prennent jamais vie. Les braqueurs sont malins, rusés, « rigolos », jeunes, beaux. Les flics eux, sont bêtes, fachos, homophobes, racistes, violents, drogués…

Dobermann Jacquette Blu-Ray

Universal nous propose donc le film au format Blu-ray, avec une nouvelle jaquette dont le visuel produit finalement le même effet que le film : on en a les yeux qui piquent. Heureusement, l’image du film est soignée, et le passage à la haute définition se fait via un master AVC en 1080p de belle facture. Le son, bien équilibré, occupe correctement les enceintes et – rare avantage d’un film à la mise en scène aussi brouillonne – les surrounds sont très souvent sollicités. C’est donner de la confiture aux cochons, tant le travail de Michel Amathieu à la photographie et de Schyzomaniac à la musique sont, au mieux, médiocres.

Les bonus vont du moyen au très bon, mais sauvent malgré tout cette édition du naufrage. Nous avons donc droit à deux commentaires audio : le premier, par Vincent Cassel, Tchéky Karyo et Jan Kounen, n’apporte rien d’intéressant, les trois protagonistes se contentant de discuter entre eux et de livrer quelques anecdotes sans véritable consistance, mais reste sympathique en bon enfant ; le deuxième, par Jan Kounen, Joël Houssin, et Bénédicte Brunet, est quant à lui nettement plus ennuyeux, puisque là encore, les trois commentateurs nous racontent leur vie. Heureusement, le module intitulé Dobermann, 10 ans après, de vingt-trois minutes environ, est largement plus intéressant : Jan Kounen revient sur son film et nous raconte avec une appréciable humilité la façon dont son regard a changé avec le temps. Le making of du film, identique à la version DVD, permet de découvrir (ou de redécouvrir) les moyens mis en œuvre par l’équipe et la production, non-négligeables pour un premier film au budget modeste. Rodolphe Chabrier, superviseur des effets spéciaux du film, commente certaines scènes en expliquant les techniques employées lors de deux modules d’environ deux à trois minutes. Un bonus présenté de façon trop factuelle pour être véritablement passionnant, mais qui reste malgré tout très intéressant. Jan Kounen nous livre une belle quantité de scènes coupées, à l’intérêt variable, mais agréablement présentées par ses soins. Le Dob Multilingue est un module lors duquel on peut voir une scène dans plusieurs langues, telles que doublées dans les différentes versions du film. Inutile, mais drôle, donc indispensable. Enfin, les bandes-annonces, teasers, et autres babioles sans importances viennent clore cette édition.

Dobermann

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Dobermann de Jan Kounen n’a pas gagné en qualité après toutes ces années. Ce qui, en 1997, pouvait passer pour un spectacle divertissant est devenu, près de treize années plus tard, un navet criard, bruyant et grotesque. Le film pourra toutefois trouver son public auprès des plus jeunes, et gardera sans doute une aura auprès des fans de la première heure.

Les autres peuvent faire l’impasse sans trop s’en vouloir…

Dobermann, un film de Jan Kounen, scénario de Joël Houssin d’après sa propre série de romans, sortie le 17 juin 2009
Avec : Vincent Cassel (Dobermann), Monica Bellucci (Nat la gitane), Tchéky Karyo (Cristini), Dominique Bettenfeld (L’Abbé), Romain Duris (Manu) et François Levantal (Léo)
Photographie : Michel Amathieu
Musique : Schyzomaniac
Caractéristiques techniques : film français ; 103 minutes ; couleurs ; format 2.35 – compatible 16/9 ; version française DTS-HD Master Audio 5.1
Crédit photographique : Universal

Initialement paru sur Culturofil.net

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