Open Range de Kevin Costner, le blu-ray

Après avoir connu une période dorée aux États-Unis, dès la fin des années 30 et jusqu’au début des années 60 auprès d’illustres réalisateurs tels Howard Hawkes, John Ford ou John Sturges, puis une révolution formelle et narrative tout au long des années 60, avec l’avènement des Leone et autres Corbucci en Italie, le western s’est [...]

Après avoir connu une période dorée aux États-Unis, dès la fin des années 30 et jusqu’au début des années 60 auprès d’illustres réalisateurs tels Howard Hawkes, John Ford ou John Sturges, puis une révolution formelle et narrative tout au long des années 60, avec l’avènement des Leone et autres Corbucci en Italie, le western s’est éteint. Malgré quelques épisodiques chef-d’œuvres1, le genre n’est jamais revenu au niveau qu’il a connu dans les années 50. Ce n’est qu’avec Danse avec les loups (1990), magnifique fresque épique et humaniste de Kevin Costner, ou le crépusculaire Impitoyable (1992) de Clint Eastwood, deux incontournables, que le genre reprendra sa place dans le cœur des cinéphiles, et regagnera, image par image, bobine après bobine, ses lettres de noblesse.

Ça ne se fera pas sans mal, et il faudra malgré ces deux essais réussis attendre 2003 et Open Range, toujours par Kevin Costner, pour que la machine se remette en marche, doucement mais sûrement, et que les studios voient autre chose dans le western qu’un bête et inutile divertissement. La même année, Ron Howard prend d’ailleurs tout le monde à contre-pied avec Les Disparues, étonnamment réussi, qui participera lui aussi au grand retour du genre sur le grand écran. Mais qu’on ne s’y méprenne pas, si le western est bien de retour, il faut compter avec la prudence des studios, qui privilégient la qualité à la quantité – sage et inhabituelle précaution de leur part. C’est ainsi que depuis 2003, des films d’excellente facture, profonds, touchants, souvent violents ont pu voir le jour, parmi lesquels le contemplatif L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford de Andrew Dominik, 3h10 pour Yuma de James Mangold en 2007 ou Appaloosa de Ed Harris en 2008.

Open Range Jaquette

Open Range, qui est sorti il y a maintenant quelques mois en blu-ray, nous raconte donc l’histoire de Charley Waite et Boss Spearman, deux free-rangers, et de leurs acolytes Mose et Button. Tenus en respect par un violent orage, ils sont obligés de faire halte près de la petite ville de Harmonville. Lorsque Mose s’y rend afin de les réapprovisionner et tarde à revenir, Charley et Boss l’y rejoignent et ne tardent pas à découvrir que leur ami a été agressé par les hommes de main de Denton Baxter, un propriétaire terrien local, qui dirige officieusement la ville. Une lutte va rapidement s’engager entre les deux hommes et le vicieux et haineux cacique.

Open Range

De prime abord, le film peut sembler simpliste, déjà-vu, avec un scénario très classique. Toutefois, c’est oublier une donnée d’importance majeure. Plus qu’un retour au western, Open Range marque aussi le retour d’un acteur et réalisateur de talent, dont la carrière, à l’instar de nombreux de ses collègues, a été mise en berne suite à plusieurs échecs, critiques et/ou commerciaux. Kevin Costner reprend donc du service et nous revient avec ce qu’il fait de mieux, ce qu’il aime plus que tout, le western épique qui a fait son heure de gloire. Doublement motivé, l’acteur et réalisateur se surpasse et assure à son film une profondeur de lecture dont peu de films peuvent se vanter.

Il est ici question d’un pan important de la culture américaine : la lutte entre rangers et ranchers. D’un côté, les nomades, fermiers itinérants qui considèrent la terre comme un bien commun, sans frontière ni limite et de l’autre, les sédentaires et généralement riches propriétaires terriens défendant leurs intérêts. Deux cultures qui s’opposent, de façon inévitablement conflictuelle. Deux cultures qui, aujourd’hui encore, expliquent de bien des façons les us et coutumes d’un peuple jeune, dont l’histoire récente résonne en ses membres de façon viscérale.

Open Range

Mais au-delà de cet aspect essentiellement contextuel, Open Range est avant tout un film sur les relations. Mentor/élève, père/fils, frère/sœur ou amants, le film parle d’amour, de respect, de ce sentiment particulier d’être chez soi. La rencontre entre Charley et Sue, deux êtres rongés par la vie, dévorés par une envie profonde d’aimer, de se sentir chez soi, deux êtres apparemment forts, qui vont découvrir en l’autre leur fragilité, leur maladresse, est au centre de cette histoire. De même que l’amour de Boss pour Button, paternel et émouvant. Des sentiments, jamais exagérés ou forcés – on peut mettre cela au crédit d’acteurs tout simplement somptueux, Robert Duvall en tête –, qui vont être exacerbés par le conflit qui oppose ces hommes.

Pathé nous propose donc cette très belle édition blu-ray, qui offre une image haute définition rendant honneur à l’excellent travail de James Muro, ainsi qu’une piste anglaise 5.1 DTS-HD master audio dont le mixage met en avant les dialogues, tout en faisant la part belle aux scènes d’action finales. Les bonus sont nombreux et appréciables : un making of d’un peu plus d’une heure nous montre Kevin Costner en action sur le plateau ; une featurette de six minutes environ nous fait une comparaison entre le storyboard et le film, commentée par le storyboarder lui même ; le documentaire d’une douzaine de minutes « A la conquête de l’Ouest » reprend des témoignages écrits de free rangers, parmi lesquels ceux de Théodore Roosevelt lui-même, le tout agrémenté de nombreuses photographies d’archives ; un commentaire audio du réalisateur sur le film dans lequel il déclame son amour du western et de cette période de l’Histoire de son pays ; une douzaine de scènes inédites ; un clip musical reprenant des images du making of ; enfin, les bandes-annonces en V.O. et V.F. du film. Les informations sont donc nombreuses, variées et passionnantes, mais sont livrées, malheureusement, pour la plupart en définition standard et au format 4/3 recadré en 16/9. Un petit effort de l’éditeur afin de proposer ces bonus dans un format respectueux de l’original aurait été apprécié.

Open Range

Open Range est un excellent et attendu retour au western, à classer parmi les incontournables du genre. Kevin Costner y fait preuve d’une sensibilité et d’un amour de son sujet que l’on avait pu déjà deviner dans Danse avec les loups. On espère qu’il aura tiré les leçons de ses erreurs passées et évitera à l’avenir de s’embarquer dans des projets aussi minables que les Waterworld et autres Tin Cup qui ont causé sa disgrâce.

Et il nous tarde de le voir revenir à ce qu’il fait de mieux.

Open Range, un film de Kevin Costner, scénario de Craig Storper d’après le roman de Laura Paine, sortie le 15 avril 2009
Avec : Kevin Costner (Charley Waite), Robert Duvall (Boss Spearman), Annette Bening (Sue Barlow), Diego Luna (John “Button” Weatheral), Abraham Benrubi (Mose Harrison) et Michael Gambon (Denton Baxter)
Photographie : James Muro
Musique : Michael Kamen
Caractéristiques techniques : film américain ; 139 minutes ; couleurs ; format 2.35 – compatible 16/9 AVC ; version française 5.1 DTS-HD HI-Resolution, version originale DTS-HD master audio 5.1 : sous-titres français
Crédit photographique : Pathé Vidéo

Initialement paru sur Culturofil.net

1. Notons notamment L’Homme des hautes plaines, Josey Wales hors-la-loi, Pale Rider de Clint Eastwood respectivement en 1973, 1976, 1985, La Horde sauvage et Pat Garrett et Billy le Kid de Sam Peckinpah en 1969 et 1973, ou Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill en 1969.

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