La Vida Loca – L’ultime folie de Christian Poveda

Dix-huit. Un chiffre qui désigne un des principaux maras, des gangs ultra-violents implantés du sud des États-Unis jusqu’en Amérique centrale. En guerre perpétuelle contre la police et contre les gangs rivaux, nourris de la misère endémique, ils sèment la terreur et fragilisent la démocratie. Christian Poveda a posé sa caméra à la Campanera, quartier où [...]

Dix-huit. Un chiffre qui désigne un des principaux maras, des gangs ultra-violents implantés du sud des États-Unis jusqu’en Amérique centrale. En guerre perpétuelle contre la police et contre les gangs rivaux, nourris de la misère endémique, ils sèment la terreur et fragilisent la démocratie. Christian Poveda a posé sa caméra à la Campanera, quartier où vit une bande d’une cinquantaine de jeunes salvadoriens membres de la 18. Le documentaire ne débordera de ce quartier que pour de rares et sinistres escapades : cimetière, tribunal, commissariat, hôpital.

En se focalisant sur ce petit groupe avec lequel il a vécu toute une année, Poveda se détourne de la fascination médiatique morbide qui accumule les faits divers aussi sanglants qu’édifiants. Il s’écarte aussi de l’approche explicative et dépassionnée des sociologues et des historiens. Il l’expliquait lui même: « Mon intention de base n’était pas de faire un film sur les gangs mais de comprendre et de rencontrer des jeunes qui intègrent ces gangs, de connaître, de voir l’aspect humain de ces gangs. Je voulais essayer de comprendre pourquoi des enfants de 12 ans intègrent un gang et deviennent des assassins.». Sans négliger les aspects politiques et sociaux qu’il connaît par cœur1, tel le photographe qu’il est, il dresse donc avant tout des portraits: El Bambam, Little Crazy, la Liro, Spider, la Chucky… autant de jeunes pris dans cette invraisemblable « vie folle ».

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Une vie folle passée dans ce quartier de la Campanera d’où ils ne peuvent sortir en sécurité, traqués par la police et le gang rival des MS13. Une vie d’une violence inouïe jusqu’à une mort précoce pour nombre d’entre eux. Mais bel et bien une vie, aussi courte et folle soit-elle, comme en témoigne l’incroyable solidarité liant les membres de la 18, les quelques scènes familiales, ou un étrange anniversaire. Trempés dans le crime jusqu’aux os, fiers et vengeurs, désespérés et seuls, Poveda filme ces déclassés avec toute son empathie. Avec espoir quand il montre les fragiles projets de réinsertion dans une boulangerie ou par la religion. Avec colère également quand il pointe l’inefficacité des politiques répressives gouvernementales.

C’est cette passion qu’a Poveda pour ces déclassés qui fait tout l’intérêt du documentaire. Sans elle, l’intelligence de la construction, la photographie impeccable, la judicieuse musique de Rocca2 n’auraient servi à rien. Car c’est elle qui lui fait gagner leur confiance pour aller beaucoup plus loin que les autres films sur des sujets équivalents3, tels le décevant Young Yakuza de Jean-Pierre Limosin sur la mafia japonaise, ou l’honorable Carlitos Medellin de Jean-Stéphane Sauvaire sur la violence dans la banlieue de cette ville colombienne. Tous tentent une plongée dans le réel, mais seul La Vida Loca évite les interviews convenues, les voix-off explicatives, les commentaires donneurs de leçon4. De cette plongée sans protection, faut-il le rappeler, Poveda n’est pas revenu, assassiné le 2 septembre dernier d’une balle dans la tête dans le nord de la capitale salvadorienne, vraisemblablement par un membre de la 18.

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La Vida loca , un film de Christian Poveda, photographie de Christian Poveda, musique de Sebastian Rocca. Produit par La femme Endormie (France), El Caiman (Mexique), Aquelarre (Espagne), 90 min, couleurs. Espagnol.
Distribué par Ciné Classic.
Crédit photographique :La Femme endormie

1. Il a couvert pendant plusieurs décennies le Salvador comme photo-reporter de son premier court-métrage en 1981 jusqu’à un documentaire photo.
2. Remarquable rappeur colombien ayant passé sa jeunesse en France dans le groupe de rap français la Cliqua avant de repartir en Amérique où il a fondé le non moins remarquable crew Tres Coronas. Les chansons de la BO de La Vida Loca ont été composées pour l’occasion à l’exception du titre El Original et son fameux beat à base de salsa.
3. À noter, le documentaire difficilement trouvable Hijos de la guerra de 2006 sur le gang MS 13 au Salvador. Le 21 octobre 2009 sortira également la fiction Sin Nombre de Cary Fukunaga.
4. Il est vrai que la compréhension du contexte socio-politique en pâti un peu. Nous vous conseillons l’excellente interview donnée à l’Express. []

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