Watchmen de Zack Snyder, le blu-ray

« Who watches the Watchmen ?1 » Si l’on en croit les sommes astronomiques engrangées par le film, plusieurs millions de cinéphiles ou d’amoureux du graphic novel d’Alan Moore, Dave Gibbons et John Higgins. Autant de spectateurs dont les avis étaient souvent nettement partagés, pour ne pas dire diamétralement opposés. Une dichotomie, sur laquelle nous [...]

« Who watches the Watchmen ?1 » Si l’on en croit les sommes astronomiques engrangées par le film, plusieurs millions de cinéphiles ou d’amoureux du graphic novel d’Alan Moore, Dave Gibbons et John Higgins. Autant de spectateurs dont les avis étaient souvent nettement partagés, pour ne pas dire diamétralement opposés. Une dichotomie, sur laquelle nous reviendrons, que la parution récente de ce Blu-ray pourra peut-être permettre d’estomper.

On retrouve donc les personnages hauts en couleur du célèbre comic book et de son adaptation : Dr Manhattan, le Hibou, le Comédien, le Spectre Soyeux, Ozymandias et surtout Rorschach, personnage principal et narrateur véritable du film, dont on suit l’enquête faisant suite à l’assassinat du Comédien par un mystérieux personnage.
Watchmen Jacquette

Le film, en proposant un digest du graphic novel, sorte de « Watchmen pour les Nuls », a clairement divisé : d’un côté, ceux qui trouvaient finalement que le travail de Snyder était parvenu à rendre l’ambiance et l’essence du livre. C’est en grande partie vrai, car même si Snyder n’est pas un grand réalisateur visionnaire, son travail sur L’Armée des morts et 300, déjà deux adaptations, montrait déjà son respect pour le matériau dont il s’inspirait. Film de genre proche de l’original et plutôt intelligent pour le premier, adaptation gonflée aux hormones et fleurant bon la testostérone pour le deuxième, les deux films entretenaient de nombreux points communs avec leurs originaux, à commencer par leur univers et leur ambiance. Ici, Snyder s’attarde notamment sur le design et l’univers visuel de Watchmen : conseillé par Dave Gibbons lui-même, il prendra un malin plaisir à reproduire la singulière palette de couleurs de l’original, essentiellement composée de couleurs secondaires, et s’efforcera, avec brio, à recréer certaines situations de façon à coller autant que possible aux vignettes. Idem pour ce qui est des costumes des « super-héros », ou de l’aspect visuel très 80’s du New-York revu et corrigé par Alan Moore.

De l’autre côté, ceux qui ne voient dans le colossal travail fourni par Snyder qu’un outrage à chef d’œuvre, une insulte à leur livre de chevet. Car, effectivement, le réalisateur est passé à côté d’un certain nombre de choses, à commencer par le contexte historique déviant, la critique politique acerbe. Il n’est pas véritablement question de ça dans le film, du moins, pas directement, alors que ce sont, dans le comic, des informations capitales.

Watchmen 02

Critique justifiée ou vision déformée ? Il faut bien avouer qu’avec 300, Snyder ne s’était pas non plus fait que des amis. Le film, plutôt radical dans son propos, s’était déjà attiré les foudres de spectateurs enclins à l’interprétation facile, quitte à établir des parallèles quelque peu abscons – pour ne pas dire complètement absurdes – entre le film, son propos prétendu, et le conflit en Irak2. Il n’en fallait pas plus aux détracteurs du réalisateur pour pointer rapidement du doigt son implication sur Watchmen, avant même d’en avoir vu la moindre image.

Le fait est que, comme c’est souvent le cas des adaptations d’œuvres majeures, l’univers de Watchmen est tellement fourni qu’il aurait été difficile de tout réunir dans un film de deux heures – ou même un peu plus – sans perte. Certains réalisateurs, à l’instar de Peter Jackson, ont la chance de se voir accorder la possibilité de diviser leur film en plusieurs parties. C’est une décision qui appartient toutefois aux studios, et qui doit malgré tout se montrer judicieux en terme de narration. Si Le Seigneur des Anneaux a toujours été perçu – à tort – comme une trilogie, c’est avant tout parce qu’il a été publié comme tel3 en 1952. Ça n’a jamais été le cas de Watchmen et, de ce fait, faire plusieurs films d’une œuvre aussi dense et complète aurait très certainement posé de nombreux problèmes, que les fans se seraient bien évidemment empressés de dénoncer4.

Watchmen 03

Le débat est sans fin et, afin de trancher court, nous ne saurions trop conseiller à ceux qui ont aimé Watchmen de se procurer ce très beau Blu-ray, qui comprend, une fois n’est pas coutume, deux disques. Sur le premier disque, le film, présenté en version originale, allemande, italienne, espagnole et française, ainsi que dans une version anglaise commentée (en anglais) pour les malvoyants. Un petit plus qui est encore trop rare, à une époque où il est si facile d’inclure une piste de ce genre afin de ne laisser personne pour compte. Les sous-titres sont nombreux, comme c’est souvent le cas chez Paramount et on retrouve là encore des sous-titres pour malentendants. Le tout, dans un format respecteux du format d’origine, et dont le master haute-définition est très beau : l’image dispose de beaux contrastes et les couleurs sont magnifiquement saturées. On appréciera aussi le soin apporté à la restitution du son : la version française est déjà de très bonne qualité, mais on lui préférera toutefois le dynamisme du Dolby TrueHD de la version originale, dont le mixage et la répartition spatiale sont tout simplement parfaits.

Du côté des bonus, on saluera l’effort de Paramount qui nous propose des bonus intégralement en haute-définition, et bénéficiant des mêmes sous-titres nombreux que le film. Le premier, Mécaniques : les technologies d’un monde fantastique, est plutôt amusant : seize minutes durant, le sympathique James Kakalios, professeur de physique à l’Université du Minnesota et consultant sur le film, y dresse une liste des éléments crédibles dans la physique de Watchmen. Des pouvoirs du Dr Manhattan au vol du vaisseau du Hibou, tout y passe, avec une bonne humeur plutôt communicative. Phénomène : le comic qui a révolutionné la bande-dessinée est un mini-documentaire d’un peu moins de trente minutes lors duquel différents intervenants, parmi lesquels Dave Gibbons lui-même, parlent de l’impact de Watchmen, le comic-book, dans leur vie et dans le monde de la littérature. De vrais super-héros, de vrais gardiens est cruellement hilarant, puisqu’on y découvre, là encore pendant un peu moins d’une demie-heure, des hommes et des femmes membres de divers organismes de protection, ou simples « vengeurs »… habillés comme des super-héros ! Un regard intéressant sur un phénomène plutôt étonnant, vu de notre côté de l’Atlantique. Onze featurettes, d’une durée avoisinant généralement quatre minutes, abordent plusieurs sujets du film, de la création des décors aux cascades, en passant par la conception et la fabrication du masque de Rorschach. Enfin, une vidéo virale NBS Nightly News vient clore de façon pleine d’humour cette édition Blu-ray, avant l’inutile et insupportable clip Desolation du groupe de rock blafard My Chemical Romance.

Watchmen 04

Une édition qui est donc considérablement bien pourvue, et qui viendra certainement satisfaire les amateurs. C’est aussi une belle façon, pour ceux qui n’ont pas pu (ou voulu) voir le film en salles, de le découvrir en haute-définition. Watchmen reste un spectacle qui, une fois passés les jugements a priori, se regarde avec grand plaisir et qui prouve que Zack Snyder est à n’en pas douter un réalisateur qui a du mérite.

Reste à voir si Guardians of Ga’Hoole et Sucker Punch, prévus pour 2010 et 2011, parviendront à le débarrasser de cette image de réalisateur redneck qu’il traîne injustement depuis 300.

Watchmen, un film de Zack Snyder, scénario de David Hayter et Alex Tse d’après le roman graphique d’Alan Moore, Dave Gibbons et John Higgins, sortie le 9 septembre 2009.
Avec : Malin Ackerman (Laurel Jane Jupiter/Le Spectre Soyeux), Jeffrey Dean Morgan (Edward Blake/Le Comédien), Billy Crudup (Jon Osterman/Mr. Manhattan), Patrick Wilson (Dan Dreiberg/Le Hibou) et Jackie Earle Haley (Joseph Walter Kovacs/Rorschach)
Musique : Tyler Bates.
Photographie : Larry Fong.
Caractéristiques techniques : film américain ; 162 minutes ; couleurs ; format 2.40 – compatible 16/9 ; version originale 5.1 Dolby Tru HD, française, allemande, espagnole, italienne, anglais audio description 5.1 Dolby Digital ; sous-titres multilangues ; interdit aux moins de 12 ans
Crédit photographique : Paramount Pictures

Initialement paru sur Culturofil.net

1. Littéralement : « Qui regarde les Watchmen ? », bien que, dans le film comme le graphic novel, il s’agisse plus de poser la question de la rigueur morale de ces vengeurs masqués.
2. Beaucoup de spectateurs ont voulu voir dans 300 une allégorie de la guerre en Irak : des soldats partis en guerre contre la barbarie, au nom de la justice et du patriotisme. Dans ce cas de figure, Léonidas et sa garde représentaient les soldats américains. Toutefois, l’interprétation inverse pouvait être faite : 300 parle aussi d’une bande de soldats en sous-nombre, défendant leur terre de l’envahisseur sur-armé. Dans les faits, les États-Unis étaient bel et bien perçus comme envahisseur par de nombreux pays, y compris la France… Loin de ces considérations, il ne faut pas oublier que 300, le film, est une adaptation plutôt stricte et fidèle de 300, le graphic novel qui, lui, a été édité en 1998, soit bien avant l’implication américaine ordonnée par le Président Bush.
3. L’éditeur, Collins, avait privilégié une publication en trois volumes afin d’alléger les coûts de fabrication et de rendre chaque livre plus abordable financièrement qu’une seule édition intégrale. De plus, au lendemain de la Seconde Guerre, le papier se faisait encore rare.
4. À ce propos, la question de savoir comment ils vont s’en sortir se pose en ce qui concerne la prochaine adaptation du dernier volume de la saga Harry Potter, prévue sur deux films…

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