Hommage à Miriam Makeba

Ce soir au cirque d’Hiver, le Festival d’Île-de-France rend hommage à Miriam Makeba et ce concert est un événement. En effet, la chanteuse sud-africaine fut l’une des voix importantes de son continent natal, si ce n’est la plus grande. En un demi-siècle de carrière, elle a suffisamment marqué les esprits pour que chacun ait dans [...]

Ce soir au cirque d’Hiver, le Festival d’Île-de-France rend hommage à Miriam Makeba et ce concert est un événement. En effet, la chanteuse sud-africaine fut l’une des voix importantes de son continent natal, si ce n’est la plus grande. En un demi-siècle de carrière, elle a suffisamment marqué les esprits pour que chacun ait dans la tête un air qui l’a rendue célèbre (Pata Pata ou Mbube). Cependant, elle n’a pas eu une reconnaissance à la hauteur de son immense talent car elle fut le porte-voix de toutes les luttes du peuple africain et, avouons-le, sa parole dérangeait souvent.

Quasiment née militante, elle incarna très tôt les victimes de cette oppression nommée Apartheid. Jusqu’à la tribune des Nations-Unies, elle décrivait l’ignominie de ce qui fit, de nombreuses années durant, la honte de l’Afrique du Sud. Elle fut aussi de tous les combats pour défendre les droits des peuples noirs opprimés dans le monde. Son engagement en faveur des droits civiques lui coûta une carrière pourtant prometteuse aux USA et ses positions farouchement anti-colonialistes firent d’elle une artiste assez peu prisée en Europe1.

Angelique Kidjo

L’initiative d’un hommage à celle que l’on nommait Mama Africa est donc plus que bienvenue, tant sa détermination a se tenir debout n’eut d’égale que celle qui empêcha Rosa Parks de se lever. Mais un poids énorme pèse sur les épaules de celles qui vont devoir honorer, ce soir, cette grande chanteuse. En première ligne et à l’initiative de l’évènement, Angélique Kidjo, dont le talent est immense2 et dont l’énergie va s’avérer à la hauteur de l’ampleur de la tâche. Regroupant la majorité des grandes voix de l’Afrique3, elle a réussi ce pari en mettant sur pied un spectacle agréable et a notamment évité le piège consistant à plus mettre en valeur les talents présents que celui de celle à qui ils sont censés rendre hommage.

Vusi Mahlasela

La formule scénique simple, mais toujours efficace, alternant les interprétations en duo et en solo avant un Pata Pata final à six voix, fonctionne à merveille. La meilleure preuve possible est d’ailleurs donnée par les premiers moments du concert qui permettent à Sayon Bamba et Dobet Gnahoré de démontrer qu’elles incarnent déjà le futur de la musique africaine. Mais les moments les plus marquants demeurent ceux où les têtes d’affiche d’aujourd’hui donnent de la voix. Vusi Mahlasela, compagnon de route de longue date de Miriam Makeba et légende vivante de la musique sud-africaine, a tenu avec honneur son rang. Et Asa a fourni une excellente prestation à la hauteur des acclamations de la salle, très nombreuses à son égard. Il convient aussi de saluer la performance de Rokia Traoré qui a été plus que convaincante alors qu’elle officiait totalement hors de son registre.

Asa

Un reproche cependant sur ce spectacle qui souffrait quelque peu de la configuration de la salle. Le Cirque d’Hiver est probablement le lieu idéal pour une captation vidéo mais il ne donne que très peu au public le sentiment d’interagir avec les artistes. Dommage qu’un hommage aussi sincère et que l’engagement de tous les interprètes présents n’aient pu bénéficier d’un surcroît d’enthousiasme de la part des spectateurs pour ce concert. Ce fut néanmoins un très agréable moment de musique et probablement la meilleure manière possible de rendre hommage à cette immense chanteuse que fut Miriam Makeba.

Hommage à Miriam Makeba, Concert du Dimanche 27 septembre 2009 dans le cadre du Festival d’Île-de-France.

Angélique Kidjo invite Asa, Sayon Bamba, Dobet Gnahoré, Vusi Mahlasela et Rokia Traoré

Crédit photographique : Joshua Jordan, Festival d’Île-de-France

Initialement paru sur Culturofil.net

1. Songez que la France, pays toujours prompt à s’auto-proclamer Patrie des Droits de l’Homme, n’attribuera la nationalité à titre honorifique à cette apatride que quelques mois avant la fin officielle de l’Apartheid.
2. Il est d’ailleurs étrangement sous-estimé en France, comparé à la reconnaissance qu’elle a acquis dans les pays anglo-saxons.
3. Hormis Ayo, absente le dimanche où votre serviteur assistait à la représentation, il ne manquait que Concha Buika pour avoir sur un unique plateau les plus belles voix de l’Afrique Noire.

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