Joseph Arthur en concert au Café de la Danse – Ce qu’il en reste…

C’était, il y quinze jours, la troisième fois en un an (presque jour pour jour) que je voyais Joseph Arthur sur scène. Les deux premières fois,1 il n’était pas seul, loin de là, puisque accompagné de son combo astronautique2, avec lequel, le sait-il, il lui faut batailler pour ne pas se faire piquer la vedette [...]

C’était, il y quinze jours, la troisième fois en un an (presque jour pour jour) que je voyais Joseph Arthur sur scène. Les deux premières fois,1 il n’était pas seul, loin de là, puisque accompagné de son combo astronautique2, avec lequel, le sait-il, il lui faut batailler pour ne pas se faire piquer la vedette par sa bassiste (Sybil Buck, ex-mannequin née en France) dont les déhanchés valent à eux seuls le déplacement.

C’était donc pour moi le baptême du feu de l’exercice solo : Joseph Arthur, ses guitares et ses boucles3. Certes, c’est vrai que j’ai loupé quelques rendez-vous avec ce monsieur les années précédentes. Je me suis déjà expliqué dans la chronique de Nuclear Daydream sur ce retard et je n’y reviendrai pas ici.

Quinze jours plus tard, que nous reste-t-il ?

D’abord, il me sied de ne pas écrire sur un concert les lumières à peine rallumées, le risque étant alors évident de s’en tenir à une description purement factuelle.
— C’était bien le restaurant à midi ?
— Oui, j’ai pris un foie gras poêlé en entrée, puis ensuite un andouille XXXXX et j’ai fini avec une poire belle-hélène. Café, une demi bouteille de Chiraz, le tout pour…
— Je t’ai pas demandé ce que t’as mangé. Mais si c’était bien !4

Joseph Arthur en Concert

C’est évident que c’est ce qu’il en reste quinze jours après qui importe. Pas qu’il ait joué trois titres de Redemption Son, un de Big City Secrets (tiens c’est vrai d’ailleurs, et quand il a soufflé les premières notes d’harmonica de Mercedes, ça a frémi dans l’audience). Laissons les statistiques aux commentateurs sportifs, voulez-vous.

Ce qu’il en reste…

Le souvenir d’un homme seul, même si ses loops l’aident à se démultiplier, qui tient en respect un Café de la Danse plein. Qui tient en haleine le public, avec des chansons qu’il construit bout par bout, boucle par boucle, jusqu’à ce qu’elles se tiennent debout toutes seules ; artisan ébéniste d’un mobilier délicat, un peu austère. Même s’il ajoute parfois un peu de décorum à ses décors jansénistes, plantant là un solo serré, faisant ici chanter la salle sur des mots qu’elle ne comprend pas nécessairement.

Le souvenir d’un homme seul qui s’entrouvre, à mesure qu’avance le concert. Maîtrisant avec perfection le « Merci beaucoup » (sans doute l’essentiel de son vocabulaire français, jusqu’à provoquer quelques spectateurs facétieux : « T’as l’heure Joseph ? » gueule l’un, « Merci beaucoup » répond l’américain.). Dont les sourires s’allongent et qui finit par demander à la salle de se lever. Juste avec ses chansons, dont nul n’affirmerait qu’elles sont formatées pour emballer une salle comme on ferait monter une mayonnaise. Sans sacrifier non plus à LA reprise qui mettrait tout le monde dans sa poche.

Le souvenir d’un grand échalas qui met l’une après l’autre en marche ses boucles pour ne pas nous laisser dans le silence au moment de quitter définitivement la scène. Et, vous le savez, chaque détail compte, qui ne se retourne pas à son dernier départ. Comme lorsque l’on quitte un ami après l’avoir longuement serré dans ses bras.

Ce qu’il en reste…

La sensation d’avoir croisé le chemin d’un mec rare, par sa musique et par son port. Et d’avoir pu, faute de bassiste, se concentrer pleinement sur lui.

Joseph Arthur – Concert solo au Café de la Danse, le 15 octobre 2009

Initialement paru sur Culturofil.net

1. Au Fargo All Stars d’octobre 2008, puis au Plan de Ris-Orangis, lors de sa tournée du printemps.
2. Les Lonely Astronauts.
3. Je ne parle pas de ses cheveux mais des instruments néo cybernétiques qui enregistrent en quelques secondes un riff, une phrase, un rythme frappé sur la caisse de la guitare, et le répercutent à l’infini, de sorte que les nouveaux hommes orchestres ont beaucoup moins à porter sur le dos qu’autrefois
4. Et pourtant combien de chroniques de concerts se limitent à dresser le menu des titres joués dans l’ordre chronologique ! Ah mais, OK, ça y est on t’a logé, pensent-ils alors. Enflé, tu n’y es pas allé au concert et tu te débarrasses, même pas très habilement d’ailleurs, des obligations de compte-rendu qui t’auraient trahi. Faux ! Si vous y tenez absolument, et bien, il a fini avec Temporary People, qui ouvre l’album du même nom. C’était son deuxième rappel. Bon et puis pour le reste, je ne parlerai plus qu’en présence de mon homme de loi.

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