Julian Casablancas – C’est un peu court, jeune homme !

Il faut se rendre à l’évidence, Julian Casablancas, avec Phrazes For The Young, est passé du côté sombre de la force. Et quand on a été (et est encore 1) leader charismatique et chanteur des Strokes, groupe au parcours sans fautes… le côté sombre, c’est la pop sympathique. Voilà donc un style que l’on n’espérait [...]

Il faut se rendre à l’évidence, Julian Casablancas, avec Phrazes For The Young, est passé du côté sombre de la force. Et quand on a été (et est encore 1) leader charismatique et chanteur des Strokes, groupe au parcours sans fautes… le côté sombre, c’est la pop sympathique. Voilà donc un style que l’on n’espérait pas forcément voir abordé par ce musicien, étant donné qu’on continue à lui coller une étiquette d’icône rock. Mais on n’oserait pas tant le châtier si on ne l’aimait pas vraiment, allez…

Serait-ce l’air de la Californie, où il vit maintenant partiellement, qui l’a attendri ? Julian Casablancas est presque2 le dernier membre de son groupe à concrétiser un besoin de changement d’air et de style. En effet, Nick Valensi a pointé son nez chez Devendra Banhart3 , Albert Hammond Jr4 et Nikolai Fraiture5 ont tous deux produit des albums en solo. Fabrizio Moretti, lui, a participé à un album dans une autre formation6. Et force est de constater qu’individuellement, ils ont tous eu une tendance à passer du rockeur aux dents de jeune loup au ragoût d’agneau. Agneau sympathique, certes, mais souvent trop tendre.

JulianCasablancas_Visuel01

Mais revenons à nos moutons pop et néanmoins agréables. Phrazes for the Young est un court album de huit pistes qui fait tendre l’oreille et titille l’intérêt. Casablancas y met sa voix chaude et légèrement éraillée au service d’un son axé avant tout sur la mélodie et la recherche de substituts à la guitare. Glass est la piste qui résume assez bien les faiblesses de ce genre de priorités : le synthétiseur sonne comme un orgue Bontempi vintage de 1985, et la ligne de chant trop facile fait penser à un slow médiocre de la même époque. De même, le premier single, 11th Dimension, peut laisser perplexe, étant donné sa ressemblance avec Vamos A La Playa7… un choix de la production, dont le message non subliminal serait : « Attention, Julian vire électro ! » ? Quant à Left & Right In the Dark, dont l’introduction un peu trop électronique peu prêter à sourire, c’est une piste sympathique mais pas très créative.

Julian Casablancas

Heureusement, ces expérimentations synthétiques et autres offrent de meilleures surprises. Out of the Blue débute l’album avec une bonne énergie rythmique rock, et le chanteur place sa voix dans un registre grave qui rappelle avec bonheur l’ambiance des albums des Strokes. River of Brakelights, avec ses tonalités électro et son ambiance festive, sonne comme le candidat idéal pour devenir le deuxième extrait de l’album. Les trois titres restants sont ceux où on peut noter des influences musicales plus originales et les impressions les plus touchantes. Chords of the Apocalypse démarre comme un genre de prière, influencé par le negro spiritual et le blues. L’implication de Julian Casablancas y devient vraiment émouvante quand sa voix un peu atone et vide du début monte en expression jusqu’à saturation, et ce au moment même où l’orchestration s’étoffe. Ludlow St. est une bonne ballade nostalgique bien troussée qui pourrait être jouée au banjo dans un vieux bar country, et qui finit sur une jolie queue de poisson. Quant à Tourist, ses sonorités orientales, sa rythmique balancée de reggae mou, ses arpèges trop électroniques, son leitmotiv de guitare vraiment réussi et son refrain très chanté en font un joyeux fourre-tout qui termine cet opus en beauté, avec un petit sourire languissant. Et c’est là que vient le moment où on aurait espéré que l’album soit un peu plus long ( « On pouvait dire… Oh! Dieu!… bien des choses en somme » )…

Si la météo a une influence sur l’humeur et la création, les amateurs de rock préfèreront sans doute que Julian Casablancas quitte le soleil, la plage et les cocotiers de Los Angeles pour revenir rapidement à la grisaille de New York. Mais ne boudons pas pour autant un plaisir plus léger comme Phrazes for the Young, ça serait un peu comme ne jamais manger de dessert.

Phrazes for the Young, de Julian Casablancas, Sortie le 2 novembre 2009, publié chez RCA Records.

Initialement paru sur Culturofil.net

1. Leur site officiel annonce le retour en studio du groupe pour un quatrième album.
2. On note une participation à Sick Sick Sick, un titre des Queen Of The Stone Age.
3. Sur l’album What Will Be Will Be.
4. Une tendresse particulière pour Yours To Keep, paru en 2006.
5. Nickel Eye.
6. Un peu d’exotisme avec Little Joy.
7. Abomination italienne des années 80 signée Righeira.

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Un Rétrolien

  1. [...] de persévérance (la preuve, j’avais réussi à presque apprécier un tiers de l’album solo de Julian Casablancas), et puis surtout je m’efforce d’argumenter un minimum, car il serait trop facile de débiner [...]

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