Vincent, guide de haute montagne dans le Mercantour, collectionne les aventures d’un soir depuis que sa femme l’a quitté, cinq ans plus tôt. Une façon comme une autre de se venger, d’exorciser ses souffrances. Mais sa dernière conquête, plus fragile que les autres, se suicide peu après leur rupture. Un coup dur pour ce séducteur déjà peu populaire dans les villages alentours… Lorsque, peu de temps après, Pierre – le meilleur ami de Vincent – est retrouvé mort au fond d’un ravin, sa douleur atteint son comble. Sa douleur et sa colère ; il reste persuadé, malgré la conclusion des autorités, qu’il ne peut s’agir d’un accident. D’autant plus qu’il reçoit, périodiquement, des lettres anonymes l’orientant sur la piste du ou des assassins… Épaulé par Servane, jeune recrue de la gendarmerie avec qui il s’est lié d’amitié, notre héros va mener sa propre enquête.
Jusqu’à ce que la mort nous unisse : un titre plutôt romantique, aux accents lyriques, qui donne assez bien le ton de ce qu’on s’apprête à lire. Il ne s’agit pas ici d’un polar, mais bien d’un roman policier, au sens propre du terme. Un ouvrage qui obéit aux règles du roman, mais dont l’un des personnages principaux (Servane en l’occurrence) est un policier (même si en fait elle est gendarme). L’enquête consistant à identifier le ou les assassins de Pierre sert ici de toile de fond à ce qui ressemble franchement à un roman féminin.

Vincent n’en finit pas de remâcher sa peine et son humiliation, tout en s’interrogeant sur ses étranges sentiments pour Servane, qui n’est pourtant pas son genre de fille et qui de toute façon ne s’intéressera jamais à lui. Servane vit quant à elle un véritable conflit d’identité, refusant d’admettre à quel point elle apprécie Vincent, parce que ce n’est qu’un ami, parce que cela n’est pas possible, tout simplement. Avant de prendre la pleine mesure de ses sentiments. Trop tard, évidemment.
Il n’y a aucun reproche à faire à Karine Giebel au niveau de son écriture fluide, simple, qui offre au lecteur de belles descriptions sans pour autant l’endormir. Rien à redire non plus au niveau de la construction de l’intrigue, logique, bien amenée. Les indices sont là, l’évolution des personnages évidente. Et c’est bien là où le bât blesse. Son roman respecte parfaitement le scénario de base du roman policier (mort suspecte, dossier classé par la police, héros opiniâtre malgré les menaces, mystérieux informateur, etc.), ainsi que celui du roman féminin, avec ce qu’il implique de doutes, de sentiments contrariés et d’amours impossibles. Un peu trop, malheureusement. Si on suit l’histoire avec aisance, sans se forcer, on la lit également sans la moindre surprise. Au point qu’on peut prédire chaque rebondissement cinquante pages à l’avance environ. Et on s’ennuie, un peu. Parce qu’on aurait aimé se tromper. On aurait aimé que Karine Giebel nous prouve que son histoire ne suit pas un rail rectiligne, trop facilement visible sur un horizon plat. Et on referme ce livre, sans colère ni soulagement, mais un peu déçu qu’elle n’ait pas su nous démentir.
Jusqu’à ce que la mort nous unisse n’est, en résumé, pas un mauvais roman. Un peu trop académique, certes, trop propre et vaguement suranné. Mais il saura satisfaire les attentes de ceux qui lisent pour se délasser après une longue journée de travail.
Jusqu’à ce que la mort nous unisse de Karine Giebel, 490 pages, Parution le 12 novembre 2009, Éditions Fleuve Noir
Initialement paru sur Culturofil.net
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