Exquise esquisse de discographie sélective gainsbourienne

La tâche qui consiste à ne sélectionner que cinq disques, surtout quand on se penche sur la légende musicale qu’est Serge Gainsbourg, est on ne peut plus ardue. Elle l’est d’autant plus que les méthodes de travail de l’artiste, composant souvent dans l’urgence, n’ont pas généré que l’excellence1 . Sa fin de carrière2, marquée par [...]

La tâche qui consiste à ne sélectionner que cinq disques, surtout quand on se penche sur la légende musicale qu’est Serge Gainsbourg, est on ne peut plus ardue. Elle l’est d’autant plus que les méthodes de travail de l’artiste, composant souvent dans l’urgence, n’ont pas généré que l’excellence1 . Sa fin de carrière2, marquée par un goût trop prononcé pour les modes musicales du moment, rend aussi difficile l’impératif d’exhaustivité car souvent le pire et le meilleur s’y côtoient. Mais, tous ces défauts, toutes ces imperfections dans l’œuvre de celui qui fut peut-être trop souvent Gainsbarre constituent aussi sa plus grande qualité, celle d’être humain, les mythes supportant rarement de n’avoir aucune aspérité.

Cinq disques indispensables de Gainsbourg :

Gainsbourg Percussions - Serge Gainsbourg

Gainsbourg Percussions (1964) :
Le fertile début de carrière du jeune Serge Gainsbourg est riche de trésors. Le swing des mélodies et l’écriture malicieuse font irrémédiablement penser à Boris Vian. Mais Gainsbourg Percussions est l’album qui va définitivement tourner cette page des années d’apprentissage : un album de jazz rythmique où Gainsbourg va terminer de faire ses classes entouré par un plateau de musiciens exceptionnels (Alain Goraguer au piano, Michel Portal au saxophone et Eddy Louiss aux claviers).

Histoire de Melody Nelson - Serge Gainsbourg

Histoire de Melody Nelson (1971) :
Sans aucun doute un chef d’œuvre gainsbourien, un album aussi court que dense qui se concentre sur l’essentiel. Les textes délaissent le gimmick du jeu de mot parfois facile pour se concentrer sur les émotions. La partition, inspirée des musiques de films des meilleurs scoreurs, voit s’enchevêtrer les thèmes avec une parfaite précision.

L'homme à Tête De Chou - Serge Gainsbourg

L’homme à la tête de chou (1976) :
C’est l’autre trésor indiscutable de la discographie de Serge Gainsbourg. On y retrouve les mêmes qualités que sur L’histoire de Melody Nelson : une histoire d’amour qui tourne mal (Melody se nomme dorénavant Marilou) et une unité musicale qui fait sens. Plus sombre mais tout aussi réussi que son parfait prédécesseur, la diversité des couleurs musicales utilisées pour peindre le tableau global apporte même au disque un minuscule supplément qui fait de lui le meilleur album de Gainsbourg.

Gainsbourg … Et Caetera (2006) :
C’est l’histoire d’un gâchis discographique immense : quand, en 1979, est enregistré au Palace le premier album live d’un Gainsbourg en pleine période reggae, le résultat final est pitoyable. Le concert est amputé de la moitié de ses chansons, le mixage final d’une platitude injurieuse pour tout musicien de reggae. Il faudra donc attendre un bon quart de siècle pour retrouver le charme originel des concerts de l’époque, la dynamique hypnotique de la section rythmique assurée par Sly et Robbie et enfin disposer d’un bon album live de Gainsbourg.

Gainsbourg Et Caetera ... - Great Jewish Music Serge Gainsbourg

Great Jewish Music : Serge Gainsbourg … – Tribute Album (1997) :
Le premier album réalisé en hommage à Gainsbourg, à l’initative de John Zorn, est probablement le plus réussi. Le casting y est conséquent : Mike Patton, Sean Lennon, Marc Ribot, Elysian Fields, Blonde Redhead, les adorables japonaises de Cibo Mato. Mais ce qui frappe surtout ce sont des interprétations justes d’artistes motivés qui ne versent pas dans la parodie béate d’admiration, ni ne font de la figuration bien payée pour ajouter leur nom sur la pochette d’une compilation commandée par une maison de disque soucieuse de faire de l’argent facile.

1. Que celui qui est en désaccord avec moi, ose m’affirmer les yeux dans les yeux que l’écriture est aussi ciselée sur La Javanaise que sur L’Ami Caouette ou se taise à jamais …
2. Tout ce qui suit la période Reggae, les années 80 de Gainsbourg n’ayant pas été beaucoup plus brillantes que celles d’un Bowie.

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Un Rétrolien

  1. [...] Tous les albums y sont bien évidemment, seize classiques dont au moins dix joyaux inoxydables. A l’exquise esquisse réalisée par notre grand patron Labosonic l’an passé, on ajoutera qu’il faut absolument [...]

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