Le lieu perdu de Norma Huidobro

Dans le village de Villa del Carmen, au nord de l’Argentine, le temps semble passer au ralenti. Il y a la jeune Maria, qui attend les lettres de son amie Matilde, partie vivre à Buenos Aires, deux ans plus tôt. Il y a l’autre Maria, sa grand-mère, qui n’aime rien ni personne et certainement pas [...]

Dans le village de Villa del Carmen, au nord de l’Argentine, le temps semble passer au ralenti. Il y a la jeune Maria, qui attend les lettres de son amie Matilde, partie vivre à Buenos Aires, deux ans plus tôt. Il y a l’autre Maria, sa grand-mère, qui n’aime rien ni personne et certainement pas sa petite fille. Et puis, il y a Ferroni, le portègne – nom que les provinciaux donnent aux habitants de la capitale – un homme étrange qui est à la recherche de Matilde et son amoureux, qui auraient quitté Buenos Aires depuis plusieurs mois. Les lettres de Maria – la plus jeune, aussi appelée Marita – pourraient sûrement l’aider, mais encore faut-il que la « fille de pierre » accepte de les lui céder…

 Le lieu perdu de Norma Huidobro

Le lieu perdu a ceci d’atypique qu’il ne s’y passe pour ainsi dire rien avant les seize dernières pages. Ce qui n’en fait pas pour autant un roman ennuyeux, et c’est là le tour de force de Norma Huidobro : on suit avec plaisir le fil des pensées de ses personnages, de la romantique Marita – si dure en apparence mais si tendre à l’intérieur – qui garde jalousement les lettres de son amie, au sombre Ferroni, obsédé par une mystérieuse porte qui ravive en lui des souvenirs aussi lointains que flous. Qu’est-il arrivé à la mère de ce dernier, qui a disparu alors qu’il n’avait que 4 ou 5 ans ? Et pourquoi Marita refuse-t-elle de lui donner ces lettres, qui pourtant, elle le sait, ne lui apprendraient rien sur l’endroit où se trouve Matilde ? Le lieu perdu nous entraîne, nous égare, nous plonge dans l’atmosphère humide et étouffante du petit village. Tel Ferroni – qui n’est pourtant pas le personnage auquel on voudrait s’identifier – on est accablé par la chaleur, la tension nerveuse due à cette attente apparemment interminable… mais on tient. 

On tient, parce que, comme lui, on veut savoir ce qui adviendra dans une semaine, quand est censée arrivée une lettre de Matilde pour l’anniversaire de Marita. Parce qu’il nous intrigue, ce grand portail vert, derrière lequel Ferroni voit se dessiner un passé qu’il croyait avoir oublié. Parce que dans le cœur et dans l’esprit des personnages, au cours de cette longue semaine qui semble en durer trois, il s’en passe des choses, dans ce petit village où il ne se passe rien. 

Et même si l’écriture, un peu trop lyrique de l’auteur, n’est pas toujours évidente à suivre, on s’accroche à ce roman comme un noyé à sa bouée. Une version littéraire du syndrome de Stockholm : on a envie de suivre Norma Huidobro, où qu’elle nous emmène, parce qu’on s’est perdus dans la torpeur de son lieu perdu. Et même si on sait bien que c’est elle qui nous y a conduits, on n’oublie pas non plus qu’elle seule peut nous en sortir. À moins bien sûr de se contenter de refermer son livre, en plein milieu, sans plus y toucher. Ce qu’on est tenté de faire, parfois, tant l’atmosphère devient pesante, lourde de secrets et d’intentions cachées. Mais alors, on ne connaîtrait pas la fin… 

Le lieu perdu de Norma Huidobro

219 pages

Paru le 04 Janvier 2010

Éditions Liana Levi

Crédit photographique : Éditions Liana Levi

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