Local Natives – Le Chant des indigènes

Gorilla Manor des Local Natives pourrait faire penser à un de ces restaurants « cantines », une de ces tables d’hôtes où l’environnement est chaleureux et confortable. Où on sent que l’envie de créer un projet cohérent donne un résultat soigné, mais sincère, optimiste et pas chichiteux. Même la partie design est faite maison, puisqu’on la doit [...]

Gorilla Manor des Local Natives pourrait faire penser à un de ces restaurants « cantines », une de ces tables d’hôtes où l’environnement est chaleureux et confortable. Où on sent que l’envie de créer un projet cohérent donne un résultat soigné, mais sincère, optimiste et pas chichiteux. Même la partie design est faite maison, puisqu’on la doit à Matt Frazier et Andy Hamm, respectivement batteur et bassiste du groupe. Voilà une équipe qui pousse même la complicité et le besoin de fusion jusqu’à vivre sous le même toit depuis plusieurs années. L’album porte d’ailleurs le surnom qu’ils avaient donné à la première maison qu’ils ont partagée après s’être rencontrés pendant leurs années lycée dans le Comté d’Orange, en Californie. Les Local Natives ont maintenant légèrement migré vers le nord pour venir habiter Silver Lake, le quartier artistico-bohème de Los Angeles.

Image Disque

Après trois ans de cuisine entre amis, Les Local Natives participent au SXSW ( South By South West Festival ) à Austin en 2009 et se font joliment remarquer. Ils sont dans la foulée débauchés par des « oreilles  investissantes » britanniques et font leurs premiers pas au Royaume-Uni en jouant au « Radar Package Tour » du magazine NME. On les a aussi vu assurer à Paris la première partie de Peter, Bjorn & John ce qui est assez étrange pour être noté, vu que les deux formations doivent avoir autant de points communs qu’un industriel du meuble suédois et un artisan créateur qui vendrait directement à la ferme ( le groupe a lui-même coproduit son album avec Raymond Richards, propriétaire du studio californien où il a été enregistré ).

Alors oui, à l’écoute de Gorilla Manor, on ressent ses racines folk américaines, une volonté avant tout mélodique, une pop très planante et, parfois un soupçon de facilité et de bon sentiment baba-cool. Mais malgré la présence récurrente de violon (on l’entend même s’accorder, en tendant l’oreille), réjouissons-nous bien haut : nous sommes loin d’avoir atterri dans un épisode de « la petite maison dans la prairie ». Le reproche principal qu’on pourrait faire à ce premier CD viendrait de son unité stylistique : le registre aigu des voix toujours très justes de Taylor Rice, Kelcey Ayer , et Ryan Hahn dépose un tapis harmonique omniprésent sur toutes les pistes. Et ce tapis souvent volant et méditatif ¹ pourrait parfois rendre ivre d’altitudes extatiques, spécialement à la fin de l’album ( Who Knows Who Cares, Cubism Dream, ou Sticky Thread ) …

Local NativesMais que voilà un tapis bien tissé d’intervalles un peu crus et archaïques ² ! ( Wide Eyes, Shape Shifter, Cards And Quarters, et la valse de Stranger Things ) . Oui, les Local Natives sont une formation où les chanteurs chantent beau, où le bassiste est toujours mélodique et ne vole pas sa place à la percussion. Et où le batteur bat ( car non, ce n’est pas toujours une évidence ) : celui-là opte très souvent pour des sonorités sèches, presque tribales et assez entêtantes qui donnent au disque une jolie couleur acoustique. D’ailleurs, de temps en temps, on entend hululer ( le décidément très beau Airplanes ) et les baguettes frappent le bois à la place des peaux : attention les indigènes attaquent ! On note aussi la présence d’une belle reprise de Warning Signs des Talking Heads, d’un soupçon de reggae ( énergique, incroyable mais vrai ) dans Camera Talk, et surtout un tonus ravageur, optimiste et souriant dans World News ou Sun Hands.

Ce premier menu servi par les Local Natives s’avère donc globalement vraiment séduisant. On le compare ou l’affilie en ce moment à beaucoup d’autres, mais on peut aussi penser qu’il se suffit à lui-même par son émotion immédiate. Il est créatif, intuitif, poétique, parfois mélancolique mais toujours positif, et cache de charmants détails sonores dans ses pistes. Et surtout, à son écoute, on peut se surprendre à sourire, juste comme ça, par plaisir de la sérénité qu’il véhicule.


Gorilla Manor, des Local Natives publié chez Infectious Music

Sortie le 11 janvier 2010

1. Ah, la Californie, ses barbus vintage… et ses plantes qu’on fume ?

2. Attention, c’est la minute technique ! Les chanteurs jouent en permanence avec les quartes, les quintes et les octaves, qui sont les intervalles « premiers », ceux utilisés dans le chant grégorien par exemple.


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