Emmanuelle Seigner – So Much for the Glam-rock

Avertissement à l’attention du lecteur : depuis le jour où il a fait un trajet en train pas loin d’elle et s’est suffisamment laissé subjuguer pour ne parler que de ça à son arrivée à quai, l’auteur de ces lignes est totalement incapable du moindre début de commencement d’objectivité à propos d’Emmanuelle Seigner. Ça tombe [...]

Avertissement à l’attention du lecteur : depuis le jour où il a fait un trajet en train pas loin d’elle et s’est suffisamment laissé subjuguer pour ne parler que de ça à son arrivée à quai, l’auteur de ces lignes est totalement incapable du moindre début de commencement d’objectivité à propos d’Emmanuelle Seigner. Ça tombe bien : son employeur ne lui demande pas d’être objectif, mais de noircir du papier. Et pour ça pas de problème : il pourrait noircir cinq pages rien qu’en vous racontant ce mythique trajet en train.

Bon, rassurez-vous : on ne va pas vous faire ça. On va se concentrer sur le nouvel album de la dingue Emmanuelle (enfin c’est ce qu’elle prétend, mais ce jour-là dans le TGV elle avait très norm… ok, ok – j’arrête). Un disque réalisé avec l’aide de Keren Ann et de Doriand, ce qui d’une certaine manière dit déjà tout des ambitions : pop et accessible, aussi potentiellement tubesque que le précédent (réalisé avec Ultra Orange) était rock et par définition destiné aux bac à soldes. Nous parlons bien sûr ici du point de vue commercial : il va sans dire qu’au petit jeu de la comparaison de casting on préfère cent fois Ultra Orange et qu’en terme de pop, on trouve un titre comme Won’t Lovers Revolt Now bien plus tubesque que la totalité de ce Dingue s’avérant rapidement bien plus sage que son prédécesseur.

dingue

Qu’on n’aille pas y voir un procès d’intention ou un goût pour la mesquinerie. Les faits sont là, et ils sont d’autant moins contestables que le contenu corrobore dès les premières secondes ce que laissait deviner le contenant : Ultra Orange & Emmanuelle était rock’n'roll, arty, sexy et référencé ; Dingue oscille entre pop et variété de qualité (si si, ça existe, et Doriand en est d’ailleurs un bon exemple), confortable, soigneusement produit et dans l’absolu plus raccord avec ce que l’on attend généralement d’un album de comédienne. C’est bien pourquoi il déçoit de prime abord : en s’acoquinant avec un groupe underground et trashy, en se mettant à chanter en anglais et en jouant avec son image avec délectation, Emmanuelle nous avait vengé pour toutes les fois où on s’était retrouvé à acheter le disque d’une actrice qui nous la jouait j’ai une âme et un cœur qui bat, et même qu’il a mal, et même que je sais le dire en rimes. Dingue ne tombe certes pas dans cet écueil (du moins pas de manière systématique), mais à la limite on aurait été plus indulgent s’il s’était agi d’un premier album.

Alors que là, du coup, on navigue en ronchonnant entre les popinettes insipides (P’tite pédale), les guests jet-set (le duo avec avec Iggy Pop est effroyable et lui, franchement, il va être temps qu’il sorte de son ridicule trip crooner… il est en train de détruire sa légende à chaque fois qu’il touche un micro 1) et, tout de même, quelques vraies petites perles dissiminées aux quatre coins de la galette. A commencer par deux chansons imparables (Le Jour parfait et Femme Fatale), pépites french pop que n’auraient pas reniées Ellie & Jacno 2. Cela ne suffit pas à excuser la singerie involontaire de Francis Cabrel (écoutez le refrain de Jamais d’autres que moi, vous comprendrez) ni le manque d’audace de l’ensemble, mais avec en prime une ouverture efficace (Dingue) et quelques jolies ballades « kerenannesques » (Emmanuelle, Le Fantôme), cela contribue à bien remonter le niveau d’un album dont la seule véritable surprise, dans le fond, tient aux qualités d’interprète de l’actrice 3. Ce qui, noterez-vous avec pertinence, la situe déjà en soi bien au-dessus du niveau des actrices-chanteuses : elle a une jolie voix qu’elle sait utiliser et utilise, globalement, mieux que sur Ultra Orange & Emmanuelle.

Ce qui demeure dommage malgré ces qualités évidentes, c’est qu’on a le sentiment que Dingue est un ouvrage bien plus personnel que le précédent, qui s’attelait surtout à une image, à une iconographie sexy, mystérieuse et sixties irrémédiablement associée à Emmanuelle Seigner. Comme s’il n’avait été qu’un rôle de plus quand Dingue, comme le suggèrent Emmanuelle ou le duo avec Polanski, ambitionnerait plutôt de nous présenter « la vraie » Emmanuelle. Or c’est un peu bête à dire, mais dans le fond, il n’est pas certain qu’on ait vraiment eu envie de la connaître (c’est d’ailleurs le drame de la plupart des disques de comédiens). A l’écoute de ce disque agréable mais sans plus, on se sent un peu comme un fan hardcore qui, ayant la chance de passer toute une soirée avec son idole, se rendrait compte médusé qu’elle n’est qu’un individu ordinaire pourvu d’une vie assez banale. So much for the glamour.

Ah tiens : j’ai été objectif…

Dingue, d’Emmanuelle Seigner
Disponible depuis le 8 février chez Columbia/Sony
Crédit photo : Columbia

1. Quand on pense qu’il y a encore six ans il reformait les Stooges et arpentait les routes du monde entier pour des concerts incendiaires à faire passer les gamins du revival rock pour… des gamins.
2. Ce dernier aurait d’ailleurs constitué un excellent producteur pour cet album.
3. Rassurez-vous, cette phrase est volontaire.

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2 Commentaires

  1. arbobo a ajouté ces quelques mots le février 13, 2010 | Permalien

    disque sympa en effet,
    le chant est un peu surprenant, à la fois années 70 (léo ferré?) et à la Valérie Leulliot,
    c’est ma surprise principale, on pense finalement plus à Autour de Lucie qu’à Keren Ann (comme j’aime les deux, ce n’est pas une critique)

  2. Thomas Sinaeve a ajouté ces quelques mots le février 14, 2010 | Permalien

    Oui. A se demander si elle ne faisait pas exprès de chanter faux sur l’album d’avant.

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