La mort, simplement de Andrea H. Japp

Après Une ombre plus pâle et Dans la tête le venin, Andrea H. Japp clôt un cycle de trois romans consacrés à son héroïne américaine, médecin psychiatre devenue profileuse au FBI, Diane Silver. La mort, simplement : le titre annonce la couleur (noire, forcément…) et dénote bien la progression à l’œuvre dans la trilogie. [...]

Après Une ombre plus pâle et Dans la tête le venin, Andrea H. Japp clôt un cycle de trois romans consacrés à son héroïne américaine, médecin psychiatre devenue profileuse au FBI, Diane Silver. La mort, simplement : le titre annonce la couleur (noire, forcément…) et dénote bien la progression à l’œuvre dans la trilogie. Rassurez-vous, vous pouvez lire le dernier opus sans avoir forcément lu les précédents. Néanmoins, il est intéressant, moins sur le plan du suspense que littérairement parlant, de découvrir l’évolution du personnage principal et, donc, de lire les trois romans dans l’ordre. Rassurez-vous (bis), l’auteure de ces lignes a malheureusement raté le numéro un. De ce fait, difficile de vous en parler. En revanche la dernière époque, comme l’on disait au temps des romans feuilletons, a été lue et appréciée. Allons-y !

La mort, simplement

Psychiatre dans le privé, Diane Silver a perdu sa fille de 12 ans, Éléonore, dans des circonstances atroces : l’enfant a été enlevée et massacrée par un serial killer. Détruite, la psy abandonne son cabinet privé et devient profileuse pour le FBI, avec une obsession monomaniaque, qui la maintient dans un état de vie quasi mécanique : retrouver la femme complice du tueur, la « rabatteuse » d’enfants et, dans la foulée, l’assassin d’Éléonore. En proie à des insomnies chroniques, fumeuse (même, et surtout, dans les lieux interdits), buveuse d’alcool et de café, consommatrice de somnifères et de graisses polysaturées à outrance, dans un comportement autodestructeur et provocateur, sympathique dans sa volonté d’afficher de l’impolitiquement correct, la profileuse est malheureuse comme les pierres (tombales, évidemment…). Seul fil ténu la reliant au monde des vivants : son obsession à trouver les assassins de sa petite fille, pour faire justice elle-même, est-il suggéré subtilement par le narrateur.

Le premier volet de la série avait laissé une impression de frustration, pour cause… d’inachèvement. Logique, puisqu’il y avait une suite. Le titre de ce dernier volume, on y revient, est éloquent. Il évoque une épure, au sens graphique du terme et une issue philosophique au drame de Diane Silver. Quand le polar se mêle d’éthique et d’esthétique ! Bien sûr, Diane Silver enquête sur une série de meurtres et d’enlèvements d’enfants. Bien sûr, on est pris par l’intrigue et on a hâte d’arriver au dénouement : c’est du bon ouvrage policier. Les personnages secondaires, gentils, méchants, victimes et assassins sont parfaitement campés, la mécanique est très bien huilée, avec ce qu’il faut d’humain et d’anecdotes pour éviter l’écueil du texte froid, le polar produit des recettes marketing. Les romans d’Andrea H. Japp sont d’une qualité bien au-dessus de cet étage (bas) de la littérature. Mais on s’aperçoit très vite que l’essentiel n’est pas dans le polar.

L’important est au-delà, vers l’au-delà, justement. On sent que Diane Silver tourne au mystique. Elle continue de parler au poster géant de sa fille souriante qui orne son bureau ; elle se compromet de plus en plus avec un milliardaire chasseur pyschopathe de tueurs en série dans une relation, presque faustienne, à la limite, franchie, du pacte implicite ; elle s’éloigne de plus en plus de la conscience du devoir moral pour plonger avec amertume dans la recherche de la vengeance à tout prix : le droit à assouvir son désespoir de mère.

Le résultat est non pas plaisant, parce que tout cela est plutôt sombre, mais intéressant intellectuellement. La peinture du personnage principal provoque l’empathie du lecteur et suscite l’intérêt. L’épilogue (non, vous ne saurez rien) laisse entrevoir de nouvelles perspectives sur le destin de l’héroïne américaine de cette auteure française, et espérer une suite, qui nous rassurera sur l’état de Diane Silver. C’est très habile et très subtil, parce que la fin est une sorte de cliffhanger soft, autrement dit en bon français, l’intrigue est relancée par un événement qui met le lecteur en situation d’attente, mais pas de façon grossière, non c’est suggéré, tout en finesse.

La mort, simplement d’Andrea H. Japp
330 pages
Éditions Calmann-Lévy, collection Suspense
Parution le 13 janvier 2009
Crédit photographique : éditions Calmann-Lévy

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