Assez surprenant, tel est ce Sauvage anglo-saxon, par la forme tout d’abord, peu usuelle, du roman graphique. Illustrations monochromes : que du vert (tirant sur le bleu canard), la couleur de l’espérance (important par rapport à l’histoire) paraît-il. Le graphisme et la mise en page évoquent sensiblement les cases d’un story-board (scénario dessiné). Une note en dernière page précise d’ailleurs que « Le Sauvage est à l’origine une nouvelle qui a été demandée par ITV et Seven Stories, le Centre du Livre pour la jeunesse, et produite par Planet North Productions. »

Quelle que soit la case et la définition que l’on attribue à ce roman dans lequel les illustrations sont presque aussi importantes que le texte, le résultat est là : c’est une bonne histoire ! Qui, par certains aspects, évoque J.D.Salinger et ses récits sur le monde de l’enfance et de l’adolescence. Jess, une petite sœur aimée du narrateur, une maman, qui se retrouve toute seule avec ses deux enfants à la mort de son mari, et un ado narrateur à trois voix, si l’on peut dire : Blue écrit ses souvenirs alors qu’il est adulte, il insère dans son récit une histoire qu’il a écrite au moment de la mort de son père et, dans cette histoire, il met en scène le fameux Sauvage qui est son double, un personnage à mi-chemin du monde réel et de la fiction. Quand on sait que le Sauvage vit dans les bois de Burgess, et que ce court récit raconte la tristesse d’un ado qui vient de perdre son père et les moyens qu’il met en œuvre pour lutter contre, on ne peut s’empêcher de voir là des influences très littéraires1.
L’histoire raconte donc quelques journées du jeune héros, qui retrouve, quelque part entre rêve et réalité, son double. Ces rencontres aident Blue à traverser la difficile période de deuil : relations avec sa mère et sa petite sœur, bagarres avec une terreur de cour de récré, sollicitude maladroite de la psychologue scolaire.
Blue décrit ses sentiments avec finesse. La pudeur préserve le récit du mélo. Les sentiments sont évoqués avec simplicité, laissant percer l’émotion. Un bouquin subtil, dont les illustrations s’apprécient peu à peu, gagnant à être regardées plusieurs fois : elles ne sont pas immédiatement séduisantes, il faut creuser, au-delà de la facilité.
Un livre à découvrir.
1 Peu de chances que le nom donné à ces bois soit anodin et ne réfère pas à l’auteur de A Clockwork Orange (Orange mécanique) bien sûr, mais aussi – hasard ? ? de One hand clapping, titre dont on n’a pas trouvé trace d’une traduction française mais qui se réfère à un proverbe zen, cité en exergue des Nouvelles de Salinger : « On connaît le son de deux mains qui applaudissent. Mais quel est le son d’une main qui applaudit ? » La boucle est bouclée, dans le petit jeu, volontaire ou non, des références et de l’intertextualité…
Le Sauvage de David Almond, illustré par David McKean
80 pages
Parution le 14 janvier 2010
À partir de 12 ans
Éditions Gallimard Jeunesse / Collection Albums Junior
Traduction de Cécile Dutheil de la Rochère
Titre original : The Savage
Crédit photographique : éditions Gallimard
Mots-clefs :Jeunesse, Littérature, Roman graphique







