Sang d’Irah de Claire Panier-Alix : n’Irah pas loin

La guerre fait rage sur l’île-continent de Nopalep : les hommes d’Orkaz (au sud de l’île) et les trolls lycanthropes de Kurstan (au nord) se sont finalement soulevés contre les pillages et la politique expansionniste du Royaume de Nicée (au centre). Le prince Duncan d’Irah, follement épris de la reine de Nicée, Maryanor, est bien décidé [...]

La guerre fait rage sur l’île-continent de Nopalep : les hommes d’Orkaz (au sud de l’île) et les trolls lycanthropes de Kurstan (au nord) se sont finalement soulevés contre les pillages et la politique expansionniste du Royaume de Nicée (au centre). Le prince Duncan d’Irah, follement épris de la reine de Nicée, Maryanor, est bien décidé à défendre les terres et l’honneur de sa belle, malgré les manœuvres et les trahisons de celle-ci…

S’il existait un prix du plus mauvais roman de fantasy de l’année, Sang d’Irah aurait toutes les chances de le remporter en 2010. Il peut bien sûr paraître présomptueux de faire ce pari au mois de février ; mais c’est que le livre comporte toutes les qualités propres au navet pour adolescents pré-pubères, la chasteté en plus. Car enfin, pour quelle autre raison un jeune garçon de 14 ans irait-il se plonger dans des histoires de chevaleries et d’amours impossibles sinon pour les descriptions de batailles (plates) et les scènes de sexe (ici inexistantes) ?

Sang d'Irah

Sang d’Irah est un joyau de nullité, une horreur sans commune mesure. Si l’histoire manque d’originalité (et parfois même de cohérence), elle n’est guère rattrapée par l’écriture de son auteur, lourde, ampoulée, à la limite du comique. On s’étonne alors d’apprendre que Claire Panier-Alix a publié une trilogie aux éditions Nestiqvenen, réputées pour leurs ouvrages de lyric-fantasy (si le terme n’existe pas considérez que je l’ai inventé) de qualité. Léa Silhol, un de leurs auteurs phares, est justement une maîtresse du genre, alliant mythologie, fantastique et poésie. Mais les tentatives d’envolée lyrique de Claire Panier-Alix tombent à plat, et on la regarde se débattre dans ses formules de style du même œil, entre horreur et amusement, avec lequel on observerait, un 20 décembre, une oie gavée tâcher de battre des ailes pour fuir son funeste destin. Ajoutez à ce tableau déjà apocalyptique des personnages caricaturaux et parfaitement antipathiques et tous les ingrédients sont réunis pour parfaire ce navet indigeste.

Pour preuve de ce que j’avance, voici un extrait de cette sublime plaie de près de 500 pages. Alors que l’Homme-Dieu d’Orkaz, devenu roi de Nicée suite à une énième manœuvre de la reine pour s’approprier son territoire et calmer la rébellion, est au plus mal (toujours à cause de Maryanor qui l’a fait empoisonner par un de ses partisans), son ami Duncan d’Irah (dit Duncan le niais, ou le cocu magnifique), lui tient la main en attendant que les remèdes fassent effet. Et voici la merveilleuse description que nous en offre l’auteur, comme un hommage au Secret de Brokeback Mountain :

« Mais il savait que l’Homme-Dieu n’aimait pas parler, qu’il préférait le silence. Il eut cependant l’impression qu’ils récitaient, dans cette tente qui sentait la sueur de la fièvre, le plus brûlant des serments d’amitié. »

Une centaine de pages et une dizaine d’années plus loin, Claire Panier-Alix nous décrit un moment de complicité entre l’Homme-Dieu (qui a donc survécu) et son fils :

« Fasciné, l’enfant regardait les rayons solaires danser sur les attributs divins de son père. »

Comment peut-on écrire et laisser publier une phrase pareille, sans penser au double sens ?

Réponse : ce roman n’a pas été relu, ou très mal. Comment expliquer sinon ce troublant détail ? Page 398, dans le premier chapitre de la quatrième partie, on apprend que la fille de Duncan et Maryanor vient d’accoucher d’un petit garçon. Nous sommes alors dans la trente-neuvième année de cette ennuyeuse épopée. Quinze pages plus tard, dans le quatrième chapitre de cette même quatrième partie, alors que nous sommes dans la quarantième année, il est écrit :

« … il attendait avec impatience que sa fille lui annonçât une nouvelle naissance qui assurerait à Irah un héritier. […]Cinq années s’étaient écoulées, et toujours rien. »

Il s’est donc écoulé cinq ans entre la trente-neuvième et la quarantième année ! Madame Panier-Alix serait-elle tombée dans une faille spatio-temporelle ? Peut-être s’est-elle trouvée brusquement à cours de papier et a-t-elle décidé de faire un bond dans le temps pour accélérer les choses ? Peut-être a-t-elle supposé que son lectorat ne s’en apercevrait pas ? Dans ce cas, c’est donner une bonne image de ce que sont censés être ceux qui lisent son roman jusqu’au bout… À moins que l’auteur, dans un accès de lucidité, ait pressenti que peu de gens auraient le courage de venir à bout de son œuvre ?

Vous l’aurez compris, la principale (et seule) qualité de Sang d’Irah réside dans son ridicule, certainement pas volontaire mais qui donnerait matière à un sketch de one-man show. Encore faudrait-il pour cela relever la gageure de 490 pages de souffrance littéraire. Finalement, les seules personnes à se forcer à lire Sang d’Irah dans son entièreté sont sûrement celles qui en font la critique…

Sang d’Irah de Claire Panier-Alix
490 pages

Paru en janvier 2010
Éditions le Pré aux Clercs
Crédit photographique : Éditions le Pré aux Clercs

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3 Commentaires

  1. Thomas Sinaeve a ajouté ces quelques mots le mars 5, 2010 | Permalien

    Ah là là ! Merci pour la crise de fou rire que m’a provoqué cet article !

  2. Sophie Lenoir a ajouté ces quelques mots le mars 5, 2010 | Permalien

    Mais je t’en prie, cher ami! Tout le (dé)plaisir était pour moi!

  3. eyerarde a ajouté ces quelques mots le juillet 26, 2010 | Permalien

    je suis actuellement en train de le lire. la deception est grande, heuresement il ne m’aura couter q 3 euros. je crois que cest un mix avec du cycle arthurien et autres mais l’éle ment qui m’a le plus choqué c’est sans doute l’appartion de louis 13 dans le roman. apparamant l’histoire se deroule ao 17 eme siecle et franchement les sentimentts sont plats les guerres brouillones moi qui suis une amatrice de fantasy et d’histoire je suis decu. je croyais m’attendre a
    une oeuve digne de kushiel je me trompait royalement.

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