Qui a dit que 2010 serait une année pop, déjà ?
Suis-je bête : c’est moi.
Et The Daredevil Christopher Wright semble m’avoir entendu, qui ne s’y serait pas pris autrement s’il avait souhaité placer ses billes en vue de l’annuel couronnement. Au point de déstabiliser quelque peu. Un comble, non ?
En fait, si l’on sent très vite qu’In Deference to a Broken Back est un bon album, on met en revanche un certain temps à comprendre pourquoi. Il est au premier abord tellement riche et varié que l’on ne sait pas trop par quel bout le prendre, vous allez me dire que ce n’est pas grave : certes – mais c’est tout de même un peu facile quand on reste tranquille chez soi et qu’on n’a pas pour devoir d’écrire dessus. C’est pas pour dire mais y en a qui bossent, aussi.
Donc on l’écoute, le réécoute. Le ré-réécoute. Et chaque fois, le résultat est le même : on trouve ça bien, on trouve ça très bien, on trouve ça absolument brillant par endroits… mais on n’arrive pas vraiment à l’expliquer. Sont-ce les orchestrations particulièrement chiadées ? Les harmonies vocales des plus séduisantes ? Le remarquable sens de la mélodie dont fait preuve le groupe du début à la fin ? L’évidente fraîcheur de l’ensemble ? La production léchée ? Le mix de Bon Iver ?

Eh bien pas du tout. La caractéristique principale de The Daredevil Christopher Wright, ce qui le fait clairement plus pencher du côté de la pop que de la folk, c’est – roulement de tambours – son raffinement. Cette musique est raffinée. Élégante. Bien plus que ce que suggère le look du groupe sur la pochette, ajouterait une mauvaise langue 1. Il se dégage d‘In Deference to a Broken Back une forme de distinction, de sens du bon goût rendant son oscillation d’un style à l’autre tout à fait cohérente. Rien d’étonnant à ce qu’ils évoquent parfois Buffalo Springfield, qui à la fin des années 60 éleva la folk à un degré de sophistication si rarement atteint que certains en vinrent à les surnommer sans rire les Beatles américains.
Sans atteindre une telle extrémité (mais Buffalo Springfield lui-même ne méritait de toute façon pas une telle comparaison), The Daredevil Christopher Wright s’inscrit dans cette filiation. Chaque fois que l’on croit qu’ils vont basculer vers le folk-rock (comme sur la ravissante The East Coast, qui rappelle un instant Whiskeytown), ils se vrillent et filent vers autre chose, pop cuivrée (on songe à Elvis Perkins In Dearland pour Acceptable Loss), swing malin (Bury You Alive) ou embardée indie-rock (We’re Not Friends). Il faut reconnaître à ces gens-là un certain talent pour brouiller les pistes, et si l’on peut se retrouver un chouïa désorienté de les voir subitement chasser sur les terres d’Elliott Smith (War Stories) ou lorgner du côté du rockabilly le temps d’une remuante Near Death Experience… force est d’avouer que ce n’est pas pour nous déplaire. Surtout si c’est pour conclure sur une ballade mccartnéenne en diable, majestueusement tendre et sobrement touchante. L’élégance, c’est connu de tous 2, va de pair avec la sobriété.
Une des belles révélations de l’année.
In Deference to a Broken Back, de The Daredevil Christopher Wright
Sortie le 29 mars, chez Almost Musique/Discograph
1. Chaque détail compte, on ne le dira jamais assez.
2. Oui enfin tous… sauf de Christian Audigier, bien sûr.









5 Commentaires
Je te trouve méchant avec M. Audigier. Il connait forcément l’élégance, vu qu’il maîtrise son contraire avec brio…
Tu te rends compte que ce raisonnement est la porte ouverte à toutes les extrémités ?
On pourrait par exemple en déduire que Muse connaît la subtilité et la finesse
Je n’avais pas été très convaincu en 2009. Je ne le suis pas davantage en 2010. Peut-être en 2015 …
Thierry, tu confonds avec des élections, non?
Si seulement
Un Rétrolien
[...] C’est ce qui est évidemment arrivé au premier opus de The Missing Season, groupe indie-folk-pop feutré déjà auteur l’an passé d’un EP éponyme particulièrement attachant. Il est arrivé en haut de pile, pistonné malgré lui par la présence de Green au mastering, et puis écoute après écoute, il a gagné sa place. On a commencé par se dire que c’était pas mal pour des français évoluant dans ce registre typiquement américain, puis on en est venu à se dire que c’était pas mal tout court, puis que c’était bien, puis que c’était un franchement bel album. Intimiste (l’atmosphère), chaud (le son), To the Fire est de ces ouvrages que l’on ne voit pas venir, qui ne paient pas de mine et ne font que se révéler au fil des écoutes. Un peu le même effet, dans un registre parent, que ressenti l’an passé en découvrant le très bel album de The Daredevil Christopher Wright. [...]