The Nightcrawler – Rare. Donc précieux. Et inversement.

Il y a quelques semaines notre camarade Boebis, surligneur de talent et responsable de notre rubrique Ciné/DVD, me faisait remarquer d’un air entendu que les chroniqueurs de la rubrique musique étaient – je cite – « plutôt snobs ». Le garçon ne manque pas d’humour, lui-même tenant un très bon blog dans lequel il évoque régulièrement [...]

Il y a quelques semaines notre camarade Boebis, surligneur de talent et responsable de notre rubrique Ciné/DVD, me faisait remarquer d’un air entendu que les chroniqueurs de la rubrique musique étaient – je cite – « plutôt snobs ». Le garçon ne manque pas d’humour, lui-même tenant un très bon blog dans lequel il évoque régulièrement des groupes de hip hop sud Coréens et des collectifs de rythm & blues à peine sortis de leur Ukraine du nord natale. Votre serviteur ne lésina évidemment pas sur les récriminations (« Quoi ? Mais pas du tout ! Faut pas confondre snobisme et bon goût. »), c’est-à-dire qu’il ignorait encore, le pauvre, que moins de quinze jours plus tard il repousserait ses propres limites en la matière, en causant la même semaine des inconnus Marxmallows et – dans un genre radicalement différent – de RED. Dont le premier album sous le pseudonoyme de The Nightcrawler (aka Red… je suis d’accord ça valait bien la peine de changer de nom) paraît cette semaine sous la forme d’une édition limitée à cinq cents copies vinyles (coupon MP3 inclus)… à moins qu’il ne faille plutôt le présenter comme cinq cents éditions limitées, puisque chacune dispose d’une pochette différente dessinée par l’artiste.

NIGHTCRAWLER

Néanmoins, comme nous le disions plus haut, faudrait voir à ne pas confondre snobisme et bon goût. Qu’y pouvons-nous, pauvres chroniqueurs, si The Nightcrawler aka RED est le meilleur album du mois, et de loin ? Le fait est qu’il est rare de découvrir autant de classe concentrée en si peu de temps (trente-deux minutes). Certes, cela tient à peu de choses, la classe : quelques saines références (Lambchop est ouvertement cité dès le premier morceau, Thelonious Monk dès le second, Lee Hazlewood n’est jamais bien loin), une manière d’aller arracher l’émotion sans jamais sacrifier au racolage (The Boy with Permanent Smile, superbe), un certain sens du swing, une recherche harmonique trouvant un équilibre forcément fragile entre austérité et foisonnement… oui, c’est assez facile d’être classe, sur le papier. A se demander pourquoi si peu y parviennent.

Cela semble encore plus simple lorsque c’est RED qui s’y colle. L’air de rien, voilà qu’il publie l’album qu’on se serait plutôt attendu à entendre chez Tindersticks (quoique il évoque plus volontiers les excellents – et méconnus – albums solo de Stuart Staples que ceux de son groupe). Soit donc quelque chose d’à la fois rugueux et chaud, folk et lounge, finalement assez difficile à étiqueter tout en étant aisé à situer dans la galaxie musicale contemporaine : vous prenez les artistes susmentionnés, vous ajoutez le Chesnutt période Constellation et le traditionnel soupçon de Tom Waits (car tout musicien classe digne de ce nom se doit de s’inscrire au moins une fois par disque dans la filiation du clochard céleste de Pomona)… vous aurez alors une idée relativement fidèle de la région sonore dans laquelle office The Nightcrawler, dont l’At Your Home ou l’Abel’s Looking for a Major Label constituent les paysages typiques. Et ténébreux, cela va sans dire. Le genre d’endroit que l’on prend plaisir à visiter mais où personne n’aurait l’idée saugrenue d’emménager – mis à part bien sûr un poète mélancolique goûtant de s’asseoir sur le toit du monde.

A toute fin utile, précisons pour finir que nous n’avons pu à ce jour entendre que la version digitale. Ce qui en dit long quant à la qualité d’un album qui, de toute évidence, ne pourra que sortir encore grandi du format vinyle (ceci dit sans jeu de mots). Si vous ne deviez investir que dans un seul disque ce mois-ci…

The Nightcrawler aka RED,
Disponible chez Clapping Music depuis le 13 avril
Crédit photo : RED

Mots-clefs :

12 Commentaires

  1. Thierry a ajouté ces quelques mots le avril 19, 2010 | Permalien

    Ce très bon album, effectivement, est en écoute ici :

    http://clappingmusic.bandcamp.com/album/the-nightcrawler-aka-red

  2. La bUze a ajouté ces quelques mots le avril 27, 2010 | Permalien

    je plussoie…

  3. Thierry a ajouté ces quelques mots le avril 27, 2010 | Permalien

    Finalement un peu lassant et répétitif au bout de la 7ème ou 8ème écoute. Dommage …
    Mais « sur l’instant », vraiment une chouette découverte.

  4. Thomas Sinaeve a ajouté ces quelques mots le avril 28, 2010 | Permalien

    Écoute, je suis assez d’accord.

    En fait c’est un album extrêmement prenant mais il n’est pas fait pour être écouté intensivement. Plutôt pour être découvert, oublié, redécouvert, perdu, retrouvé…

    Ça existe les albums comme cela, mais il n’y en a pas beaucoup..

  5. Thierry a ajouté ces quelques mots le avril 28, 2010 | Permalien

    C’est le côté très « lambchop » qui me fatigue, en fait. Par moment, j’ai vraiment l’impression d’entendre la baande à Kurt W. !

  6. Thomas Sinaeve a ajouté ces quelques mots le avril 28, 2010 | Permalien

    J’aurais d’ailleurs pu faire les même remarques à propos de Lambshop ;)

    Moi je l’écoute à petites doses, et ça passe bien ^^

  7. Thierry a ajouté ces quelques mots le avril 28, 2010 | Permalien

    Pareil pour Lambchop.
    En concert, c’est très très très bien. Leur musique prend vraiment du volume, de l’ampleur. Mais sur disque, c’est un peu … chiant.
    Je ne les écoute pratiquement plus, tiens …

  8. Thomas Sinaeve a ajouté ces quelques mots le avril 28, 2010 | Permalien

    Moi non plus…

  9. Dahu Clipperton a ajouté ces quelques mots le mai 3, 2010 | Permalien

    Rhô, vous exagérez les gars… Un bon disque, la plupart du temps, je dirais que c’est ce que vous dites : pas qu’on l’écoute 10 fois par mois, non, mais comme ça, ça vous prend de le passer et… là on se dit, le sourire aux lèvres « C’est vrai qu’il est bien ce disque », et puis on se le repassera, 6 mois, 1 ou 2 ans plus tard, peu importe.

    C’est ce que ça me fait avec « Nixon », « Thriller », ou le cosy en diable « How I quit smoking » du groupe de Kurt Wagner (ah, ce dernier est quand même le palliatif idéal quand on n’a pas un rocking chair et une cheminée sous la main^^). Et c’est à peu près pareil avec « Social hide and seek » ou « Nothin’ to celebrate » de Red (et sur ce dernier, le duo avec Will Oldham sur « He’s a friend of mine » me mettra TOUJOURS de bonne humeur ;-) ), et ce sera du même acabit avec celui-là. Dtfaçon, les vinyles c’est fragile, faut pas se les passer trop souvent ;DDDDDD

    Ses premiers albums, je vous l’accorde, c’est encore autre chose, pas le genre qu’on se passe spontanément au petit déj ^^

  10. Thomas a ajouté ces quelques mots le mai 3, 2010 | Permalien

    Il est le malentendu : ta définition du bon disque, c’est ma définition du « plutôt bon disque » :-D

  11. Boebis a ajouté ces quelques mots le juin 2, 2010 | Permalien

    Tiens, je n’avais pas vu cette dédicace… :-)

    Mais qu’on ne croit pas que j’ai quelques griefs sur cette rubrique, saperlipopette, je pense que les rédacteurs musiques d’interlignage ont bon goût. Dans le cadre de la discussion, le terme « snob » me permettait de ne pas sous-entendre que d’autres rubriques auraient mauvais goût. ;-)

    Sinon, j’écoute Black Prairie, les lives de youtube, ça m’a l’air très très bien, merci pour la découverte Thierry/Thomas.

  12. Thomas a ajouté ces quelques mots le juin 2, 2010 | Permalien

    De rien :)

POSTER UN COMMENTAIRE

Votre e-mail n'est jamais ni publié ni partagé. Les champs obligatoire sont marqués par une *

*
*

NUAGE DE TAGS

FLUX

LogoFacebook LogoTwitter