Ce n’est pas parce que la collection Courants Noirs de Gulf Stream Éditeur a été récemment mise à l’honneur dans un Surlignage que l’on va s’arrêter de chroniquer les nouveautés de l’éditeur nantais. La lecture de Chasses olympiques prouve que l’on a eu raison.

Roman historico-policier pour ados, selon le principe de Courants Noirs, Chasses olympiques se lit avec intérêt et impatience, l’intrigue étant rudement bien ficelée ! Résurgence d’un drame du passé, vengeance, esprits (amis) samis1 et indiens, figure tutélaire et image magique d’un grand renne par delà les années, analyse critique d’une société suédoise en pleine mutation à l’aube du XXe siècle : remplacez les esprits par les hackers de la confrérie de Lisbeth Salander et vous avez la version pour ados du désormais culte mais toujours remarquable Millenium de Stieg Larsson. Et d’ailleurs, quand on parle du loup, heu, du renne, on aperçoit sa trace : l’un des nombreux personnages de ce roman à l’intrigue riche et foisonnante se nomme Stieg Larsen. C’est un pasteur protestant qui aide, alors qu’il ne les connaît pas, les deux héros dans leur lutte contre la famille des méchants, de richissimes propriétaires terriens et industriels. À une voyelle et un « s » près, on ne peut croire que ce nom-là donné à ce personnage-là qui participe à la lutte contre les méchants en épousant d’emblée la bonne cause ne soit pas un petit clin d’œil2 à l’excellente trilogie venue du Nord.
On prend un très bon cours d’Histoire sans s’en rendre compte : relations Norvège-Suède et séparation « à l’amiable », chose rarissime, entre les deux états, corruption politique, activisme révolutionnaire, droits des femmes, Jeux Olympiques. Les Chasses olympiques de Nicolas Cluzeau abordent tous ces sujets à travers le récit des aventures de l’héroïne, Sonia Bergsen. Unique survivante d’un massacre au cours duquel ses parents et ses frères et sœurs ont été tués alors qu’elle était bébé, Sonia a été élevée par son tuteur. Sportive de haut niveau, elle est l’une des athlètes suédoises participant aux JO de 1912 à Stockholm. Elle croise même le Baron Pierre de Coubertin, avec qui elle échange une poignée de main et des propos tendus sur la place des femmes dans le sport olympique. (Si les propos rapportés dans le livre et mis dans la bouche du Baron sont avérés, le Monsieur ne remporte pas la médaille, même en chocolat, du féminisme).
Confrontée à une résurgence du passé et contrainte, malgré ses convictions pacifistes et humanistes à reprendre le flambeau de la vengeance familiale, Sonia rencontre des gens de tout bord et de toute origine : deux champions américains, les cousins Thorpe (des Algonquins qui ont réellement existé, voir les annexes), un quatuor de révolutionnaires et néanmoins gentlemen/women cambrioleurs-euses rêvant de Nouveau Monde et un clan de richissimes Suédois, les Swahr, ceux-là mêmes qui ont massacré les siens quinze ans auparavant.
L’un des héritiers de cette famille maudite est un psychopathe sadique et pervers, qui se livre à la chasse au gibier humain (d’où le titre), façon Zaroff. Poursuites, filatures, pièges, monde interlope, promenades dans la capitale et courses dans la splendide et sauvage nature du pays : Chasses Olympiques plonge ses lecteurs dans un bain de Suède 1912 avec talent et efficacité, sur un rythme… olympique !
Pour terminer en insistant sur ce subtil trait d’esprit, on peut s’interroger sur le hasard des lectures et de l’inspiration des auteurs pour la jeunesse. La Cérémonie d’hiver, récemment chroniquée sur Interlignage, a pour héroïne une jeune Indienne dont les aventures se passent dans une Vancouver post-JO. On dira aussi que si l’on devait décerner une médaille aux Chasses olympiques de Nicolas Cluzeau, elle serait en or.
Chasses olympiques de Nicolas Cluzeau
Parution en mars 2010
À partir de 13 ans (et bien au-delà)
268 pages
Gulf Stream Éditeur, collection Courants noirs
Crédit photographique : Gulf Stream Éditeur
1. Les Samis (mieux connus sous le nom de Lapons), vivent dans le nord de la Suède mais aussi dans les autres pays scandinaves.
2. Si l’auteur de Chasses olympiques vient à lire ces lignes peut-être dira-t-il ce qu’il en est ?
Mots-clefs :Jeunesse, Littérature








2 Commentaires
Bonjour,
Je suis content que vous ayez aimé ce livre, cela fait toujours chaud au coeur de voir un tel enthousiasme.
Pour répondre à votre question, je n’ai pas lu Millenium – même si, à présent, cela me donne furieusement envie. Lors de la conception de « Chasses Olympiques », j’avais juste eu l’idée d’écrire un livre qui avait pour fond les Jeux olympiques du début du XXe siècle, avec une trame de thriller. La Suède en 1912 m’est apparue comme idéale, pour une question de dépaysement et d’étude d’autres cultures (comme pour Rouges Ténèbres). Je m’y suis rendu pendant la rédaction du roman de manière à baigner un peu dans les paysages d’été et la culture suédoise, faire en sorte que le récit soit cohérent géographiquement et historiquement.
Et pour finir, en effet, Pierre de Coubertin avait effectivement cette conception du sport, dans ses Mémoires.
Nicolas Cluzeau
Merci pour ces précisions. C’est amusant de voir que, en fait, vous n’avez pas lu Millenium… Stieg Larsson, vous le savez peut-être, était journaliste et sa trilogie « décortique » et analyse la Suède contemporaine.
Quant au Baron, carton jaune pour sa vision du rôle des femmes aux JO !!
@ude