Hjaltalin – Une symphonie polychrome en onze mouvements

Si l’Islande a donné une image d’elle ces derniers mois, c’était plutôt dans des tons gris, sombres, fades et cendrés : tout le monde a pédalé avec le nom « du » volcan qui crachait son humeur noire, noire comme l’humour d’un Hugleikur Dagsson ¹ , par exemple. Avec Terminal, Hjaltalin nous livre une version recolorisée de ce pays. [...]

Si l’Islande a donné une image d’elle ces derniers mois, c’était plutôt dans des tons gris, sombres, fades et cendrés : tout le monde a pédalé avec le nom « du » volcan qui crachait son humeur noire, noire comme l’humour d’un Hugleikur Dagsson ¹ , par exemple. Avec Terminal, Hjaltalin nous livre une version recolorisée de ce pays. À vue de nez, cette petite dizaine de musiciens tout droit échappés du Conservatoire de Musique semble être tombée dans une drôle de marmite, une gamelle dans laquelle on aurait jeté pêle-mêle des styles musicaux a priori peu compatibles… et pourtant !

Il est rare d’écouter un album qui se présente à ce point comme un tout difficilement morcelable : Terminal, c’est un genre de parcours fléché bien défini, alternant les styles, les ambiances sonores et les voix de Sigríður Thorlacius et de Högni Egilsson. Elle, elle  donne plutôt dans le registre cabaret, ou le disco très maîtrisé et très travaillé. Lui ça serait plutôt les mélodies pop rauques, avec des prises de risque vocales, et de belles fragilités dans l’aigu (j’ai repensé à l’émotion qu’on pouvait éprouver en entendant Chris Martin il y a dix ans, amusant d’ailleurs que Thomas y ait fait allusion aussi cette semaine). Reste donc à préciser que ces deux voix là sont accompagnées essentiellement de cuivres, violons, violoncelle bien sûr, mais aussi de hautbois, de cor anglais ou de basson, instrument auquel je décerne une mention spéciale, car l’animal est très rarement aussi bien utilisé hors de son «milieu naturel» ². Que l’orchestration est si bien écrite qu’elle se fond à merveille dans le chant, et vice-versa. Mais que l’emploi d’un matériel instrumental beaucoup plus classique que pop ne mange jamais l’énergie et le rythme que dégagent ce disque, bien plus tonique que Sleepdrunk, leur précédent opus d’ailleurs. C’est cette composition  sonore très acoustique et très écrite qui donne son unité et sa continuité à Terminal. En revanche, pour le reste, ça se complique légèrement.Hjaltalin - Terminal CDLe rideau se lève avec l’excellent Suitcase Man et sa longue introduction instrumentale. Nous sommes en plein western spaghetti à suspense et l’action se déroule au Mexique. La voix féminine fera son apparition plus tard, dans Feels Like Sugar, déguisée en Gloria Gaynor, mais on l’avait déjà senti danser avec le Capitaine Merrill Stubing dans Sweet Impressions. Elle nous racontera aussi ses amours dans 7 Years, mais plutôt sur le mode de la comédie musicale légère. Les duos, eux, semblent souvent extraits de La Mélodie du bonheur,  qu’il s’agisse de la pseudo valse de Montabone, ou de l’easy-listening disco de Stay By You. En revanche, Vanity Music mérite encore plus qu’on se penche un peu plus sur son cas. Oui, comme Song For Incidental Music ou Sonnet For Matt, c’est un merveilleux terrain de jeu pour les talents vocaux de Högni (j’avoue un faible pour son timbre éraillé de crooner déglingué). Mais c’est surtout une conclusion symphonique assez fabuleuse et totalement inattendue, puisque ce titre s’achève et clôt le disque avec une paraphrase réorchestrée et  réharmonisée du final de l’Oiseau de feu d’Igor Stravinsky ³.

Quelques membres de Hjaltalin

Quand j’essaye de conclure et de résumer ce papier, je ricane : je ne suis pas fan de disco, sauf quand il s’agit de faire l’andouille sur une piste de danse. Les ambiances de cabaret ou de comédies musicales me fatiguent facilement, et la chanteuse est trop parfaite et souvent pas assez émouvante. La pop, spécialement cette année, est vraiment partout au point que je rêve de gros rock qui tache, et quant au violon, j’en entends toute la journée. Reste que j’aime les westerns, la musique bien composée et Stravinsky, mais ça ne suffirait pas à expliquer pourquoi ce disque m’a complètement fascinée dès les premières mesures de la première écoute. Peut être que tout simplement, l’atout majeur du son d’Hjaltalin réside dans son pouvoir d’évoquer tant d’univers différents sans qu’à aucun moment leur créations ressemblent à de pâles copies ou à de mauvais amalgames.

Peut être que, tout simplement, leur musique est terriblement séduisante, voire vraiment belle ?

Terminal, de Hjaltalin
Paru le 14 juin chez Discograph
Crédit photo : page MySpace du groupe

1. Hugleikur Dagsson vient aussi du pays de l’Eyjafjöll,  et est l’auteur/dessinateur d’un petit livre rouge très méchant et très drôle intitulé « Et ça vous fait rire ? », publié chez Sonatine
2. Voilà l’occasion rêvée pour recommander à tous ceux pour qui ce listing est affreusement abstrait (ce que je peux très bien comprendre) de réécouter Pierre et le Loup de Sergeï Prokofiev, qui reste à ce jour une des plus belles pièces « pédagogiques » jamais écrites.
3. Ballet composé pour et créé par les Ballets Russes en 1910.

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  1. [...] Éruption symphonique 29 juin 2010 Filed under: L'annexe du bureau — nekkonezumi @ 11:18 Tags: gourde, musique, niaiserie En ce moment, je ne fais pas que scruter avec acharnement mon frigo en espérant y trouver mon sac à main, ou exploser niaisement des flacons en verre tout neufs emplis d’un liquide coûtant environ 7596.875 € le litre. J’ai quand même cherché et trouvé le temps de me pencher sur un cas assez particulier : celui des islandais de Hjaltalin, et ça se passe par là, chez Interlignage. [...]

  2. [...] : là-bas en Islande est Hjaltalin, un groupe dont j’avais déjà aimé l’album et oui, la-bas en Islande on donne visiblement les moyens aux musiciens de s’esbaudir à coup [...]

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