Seuls, Tome 5 : Au coeur du Maelström de Gazzotti et Vehlmann

« Dans un pays dont les habitants ont mystérieusement disparu, cinq enfants vont devoir apprendre à se débrouiller… SEULS ». Voici la phrase qui orne la quatrième de couverture de chacun des albums de la série de Gazzotti et Vehlmann, depuis la parution du premier tome (la Disparition) en janvier 2006. Bien sûr, en quatre ans, nos [...]

« Dans un pays dont les habitants ont mystérieusement disparu, cinq enfants vont devoir apprendre à se débrouiller… SEULS ». Voici la phrase qui orne la quatrième de couverture de chacun des albums de la série de Gazzotti et Vehlmann, depuis la parution du premier tome (la Disparition) en janvier 2006. Bien sûr, en quatre ans, nos héros ont vécu de nombreuses aventures, et depuis le deuxième opus (le Maître des couteaux), on sait même qu’ils ne sont pas les seuls survivants de la catastrophe, quelle qu’elle soit, qui a provoqué la disparition de tous les adultes – et de certains enfants aussi, inexplicablement. Ce qu’on ne sait toujours pas, c’est la nature de cette catastrophe et pourquoi elle a justement épargné Dodji, Leïla, Camille, Yvan et Terry, les cinq héros de Seuls, ainsi que leurs amis (ou ennemis) rencontrés en cours de route. Plus grave, on ignore, au début de ce nouvel épisode, Au cœur du maelström, si Dodji, le leader du groupe, est effectivement mort assassiné, comme ses auteurs le laissaient croire dans la dernière page du tome précédent (les Cairns rouges), abandonnant lâchement leurs lecteurs sur un cliffhanger insoutenable.

Seuls_Tome5_Au coeur du maelström

Ce n’est pas un hasard si les deux premiers opus de Seuls ont été respectivement récompensés par le Prix jeunesse 9-12 ans au Festival d’Angoulême 2007, et par le Grand Prix des lecteurs du Journal de Mickey. Par bien des aspects, cette série est une réussite : s’adressant à l’origine aux préadolescents, elle a su conquérir un public plus vaste, grâce à son humour, son réalisme et ses références, littéraires et cinématographiques. Du très évident Sa majesté des mouches, qui a inspiré la première mouture du scénario, au Village des Damnés – Alexandre et Sélène, avec leurs yeux délavés, semblent tout droit sortis du film  en passant par l’Armée des douze singes, le lecteur peut s’amuser à retrouver les clins d’œil que les auteurs ont faits aux œuvres qui les ont marqués.

Mais tout cela ne tiendrait pas, évidemment, sans l’extraordinaire intelligence de l’intrigue. Pendant quatre tomes, on n’a cessé de se demander ce qui avait bien pu se passer, et quand Gazzotti et Vehlmann, qui s’amusaient à appâter le lecteur avec quelques indices bien placés, allaient se décider à cracher le morceau. Et voilà qu’arrive le tome 5, annoncé depuis un an comme étant le dernier du premier cycle, et celui dans lequel on connaîtrait enfin la vérité. Est-il surprenant qu’on soit un peu déçu ?

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Évidemment, la question était purement rhétorique. De fait, Fabien Vehlmann lui-même, sur son blog, admet que « chaque lecteur s’étant imaginé « sa » fin idéale, ou désirant secrètement être surpris jusqu’aux tréfonds de son âme, il se peut tout à fait que notre « révélation » paraisse en fin de compte moins originale que prévue. » Et c’est effectivement une bonne analyse de la situation. Cependant, là ne réside pas uniquement la déception. Les Cairns rouges, l’opus précédent, devait servir de transition vers le tome final : il était donc moins riche en rebondissements que les trois premiers volumes, mais n’en avait pas moins fait avancer efficacement l’intrigue, avec le retour du Maître des couteaux (en fait un adolescent autiste, inconditionnel des comics et surprotecteur envers sa petite sœur), des révélations sur le passé de Dodji et la menace de plus en plus pesante des inquiétants jumeaux, Alexandre et Sélène. Aussi les Cairns rouges constituaient-ils un tome certes moins rythmé que les autres, mais pas moins bon pour autant.

Au cœur du maelström, en comparaison, fait un peu brouillon : les auteurs ont voulu y mettre tant de choses qu’on s’y perdrait presque. Le défaut majeur, en réalité, repose sans doute dans le sacro-saint format de 48 pages, si cher à la BD franco-belge. Certes, on aurait été frustré, et on aurait maudit messieurs Gazzotti et Vehlmann pour les trois prochaines générations, s’ils s’étaient avisés de couper cet épisode en deux. Pourtant, pour le développement de l’intrigue, et la santé mentale de leurs lecteurs, ils auraient peut-être dû alléger un peu ce tome 5, ou sacrifier à la tradition et ajouter quelques pages supplémentaires. Car il faut admettre, hélas ! qu’on a parfois l’impression de visionner un film en accéléré. Tout s’enchaîne un peu trop rapidement, et on est d’autant plus essoufflé qu’on avait pu prendre le temps d’apprécier la lecture des Cairns rouges (au risque de me répéter).

Mais n’ayons pas l’air de trop faire la fine bouche : Au cœur du maelström répond tout à fait aux attentes de tous ceux qui, comme moi, piaffaient d’impatience depuis le mois de juin de l’année dernière, quand est paru son prédécesseur. Et pour rendre à Vehlmann et Gazzotti ce qui leur appartient, il faut bien admettre que la plus grosse déception du lecteur, en refermant Au cœur du maelström, est de savoir qu’il lui faudra attendre un an de plus pour connaître la suite, et avoir un semblant de réponses à toutes les nouvelles questions que pose cette fin du premier cycle.

Seuls, Tome 5 : Au cœur du maelström de Bruno Gazzotti et Fabien Vehlmann
48 pages
Éditions Dupuis
Paru le 04 juin 2010
Crédit photographique : éditions Dupuis

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2 Commentaires

  1. DNDM a ajouté ces quelques mots le juin 10, 2010 | Permalien

    Je fais parti des jeunes adultes qui apprécient beacoup cette série, sans vraiment savoir pourquoi.

    Y’a un dessin efficace, un scénario bien ficelé, des personnages à la fois très modernes, très authentiques et très attachants…

    J’aurais vraiment aimé lire cette BD quand j’étais pré-ados, en fait!

  2. Sophie Lenoir a ajouté ces quelques mots le juin 12, 2010 | Permalien

    Personnellement, j’ai commencé cette série à cause du dessinateur, Gazzotti, qui est également le papa génial de Soda, le flic new-yorkais à trois doigts qui fait croire à sa mère (qui a le coeur fragile) qu’il est pasteur… Une très bonne série, à découvrir si vous avez aimé le dessin de « Seuls ».

    Cette série vous plaît peut-être simplement parce qu’elle a un très bon dessinateur et un excellent scénariste! ;)

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