Très honnêtement, je me faisais une joie d’aller au Festival Inox Park. Un festival français uniquement consacré aux musiques électroniques, ce n’est pas si courant. Sans vouloir jeter la pierre à tous les (trop grands) rendez-vous estivaux hexagonaux, ils font souvent l’impasse sur les Djs, ou, pire encore, les relèguent au rang de bouche-trous, de pousse-disques chargés d’accueillir le public ou d’expulser les retardataires¹. Et puis, le lieu était séduisant, situé en proche banlieue parisienne dans une base de loisirs et sur une île suffisamment éloignée d’un éventuel voisinage tâtillon côté décibels. Vraiment, je m’apprêtais à découvrir avec bonheur le premier essai parisien du Festival Inox qui avait déjà fait ses preuves à Toulouse ou à Strasbourg.
Oui, mais voilà, quand arrive le samedi midi, les choses sont un peu différentes : la faute à pluie, diluvienne, qui a sévi toute la matinée. Et la perspective d’un après-midi aux allures de sieste électronique au soleil se transforme en promesses de bains de boue, ce qui rend tout de suite Inox Park beaucoup moins glamour.

Le premier point positif de ce festival est incontestablement son organisation. J’ignore par quel sortilège le staff a réussi à transformer aussi vite des pelouses détrempées en terrains praticables et sur lesquels on peut danser mais c’était réellement impressionnant et indispensable à la réussite de l’évenement.
Les deux vastes scènes étaient un tout petit peu trop proches et leurs sons se parasitaient parfois mais c’est l’un des seuls reproches qu’on puisse leur faire : dotées chacune d’un grand mur d’images², elles permettaient d’offrir au public et au Disc Jockey le contact visuel nécessaire pour un bon set.
Sur ces deux plateaux étaient offertes des programmation très distinctes : la première scène « Clubbing », affichait sans complexe un line-up grand public (Joachim Garraud, Bob Sinclar, Martin Solveig) qui ne devait pas beaucoup dépayser les fans attirés par les radios partenaires de l’événement. La seconde, baptisée « Underground » offrait une programmation plus expérimentale (Richie Hawtin, Jeff Mills, Djulz ou un live de Popof) et un peu plus éclectique.
Ce serait assez facile de faire un mauvais procès aux organisateurs d’Inox Park pour ce Line-Up. Chacun, selon sa chapelle, pouvant aisément déplorer la part parfois importante de sons technos très durs sur la scène Underground³ ou au contraire l’uniformité de la scène clubbing où l’usage de refrains à la voix vocodée était quasi-constant.
Mais qu’importe, car la programmation était à l’image du public d’Inox Park. Et s’il est un élément à retenir de ce mini-festival électronique, c’est bien son public. Il a, à mon sens, été la vraie réussite d’une expérience à renouveler.

Sur l’Ile des Impressionnistes, à Chatou, le public était bon enfant, familial à l’image des attractions qui complétaient les scènes musicales : marchands de barbapapa, train fantôme, etc … La musique électronique avait réuni sous sa bannière des étudiants fêtant la fin de leurs examens, des jeunes et des moins jeunes dans une atmosphère vraiment plaisante et très loin de tous les clichés que la musique électronique peut encore véhiculer et qui ont, je parle d’expérience, parfois une part de vérité.
A Inox Park, on n’était pas là pour se montrer en s’abreuvant de mojitos au bar, et de cocaïne aux toilettes, comme dans de nombreux clubs parisiens. On ne croisait pas, non plus, de zombies danseurs lobomotisés par telle ou telle substance. On ne croisait ni clubbeurs poseurs, ni teufeurs hardcore. On côtoyait des gens pour qui la musique électronique était devenue un moyen comme un autre d’apprécier un samedi estival et qui auraient pu tout aussi bien aller à un festival rock pour savourer la musique qui leur plaît.

Certains déploreront peut-être ce public, pas forcément le mieux éduqué, pas forcément le plus apte à apprécier toutes les nuances et la beauté d’un mix de Jeff Mills dont le dancefloor était moins rempli que celui de Martin Solveig. Quelques râleurs ne manqueront pas de critiquer l’ambiance de kermesse qui contrastait avec la carrière d’un pionnier comme Richie Hawtin mais, on s’en fout … Tout le monde était heureux, l’ambiance était excellente, Inox Park était un endroit où l’on avait envie d’aller avec sa petite soeur qui découvre la techno. C’était un vrai événement populaire, au tarif abordable et, en cela, il était fidèle au plus beau manifeste que les musiques électroniques aient jamais livré : ce slogan de la Love Parade 1996 qui disait « We Are One Family ».
Crédits photographiques : Labosonic & Inox Park pour le visuel.
1. D’ailleurs j’espère que les organisateurs de l’excellent Festival d’Ile de France arriveront à accorder une place plus digne aux turntablists lors de leur prochaine édition.
2. Plus en mode pilote automatique que doté d’un véritable V-Jay, hélas, second reproche.
3. Jeff Mills ou Richie Hawtin ne sont pas forcément les portes d’entrée les plus faciles dans le monde électronique.
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Un Commentaire
Ravi de voir un commentaire aussi positif
Côté orga, une fois l’ondée passée c’était un réel bonheur de voir tant de gens heureux…