Beast au Paléo : danse avec les fauves

Beast dans la programmation du Paléo Festival ! Pourtant, leur petit nom n’était pas écrit en gras sur la liste… mais rien à faire, quand j’y repense, je sais que ce sont ces cinq petites lettres là qui m’ont décidée à mettre un peu de musique dans mon séjour vacances en Suisse. Parce que je [...]

Beast dans la programmation du Paléo Festival ! Pourtant, leur petit nom n’était pas écrit en gras sur la liste… mais rien à faire, quand j’y repense, je sais que ce sont ces cinq petites lettres là qui m’ont décidée à mettre un peu de musique dans mon séjour vacances en Suisse. Parce que je dois avouer que depuis que je suis tombée en amour de ce duo montréalais l’hiver dernier (et depuis que je jalouse Labosonic de les avoir rencontrés peu après aussi), je rêve de boucler la boucle du plaisir des oreilles en y ajoutant celui de la prestation en public. Et quand le concert en question trouve sa place quelque part à la fin d’une soirée à la programmation très éclectique, on ne peut que se réjouir de pouvoir en plus profiter d’une mise-en-bouche sonore aussi énorme.

Toutes les informations sur ce festival suisse

Les autochtones sont les premiers à le dire : un Paléo sans gadoue n’est pas vraiment un Paléo (j’imagine qu’en revanche glisser et tomber dedans devait être moins obligatoire, mais j’ai toujours aimé les options). Comme je suis mauvaise langue, je décide donc de rendre Hugues Aufray responsable des trombes d’eau qui arrosent les 84 hectares du terrain de jeu en début de soirée, et je n’en rougis pas, non, n’en rougis pas. Heureusement, la pluie se calme rapidement, ce qui me permet de mieux écarquiller les yeux devant l’énormité de la structure d’accueil du site. Je comprends mieux le nombre de bars, restaurants, échoppes et autres marchands du temple quand j’apprends que chaque soir de la semaine du festival, les spectateurs sont entre 35 et 40 000 selon les organisateurs et autant selon la police. Un peu compliqué aussi d’essayer d’organiser un plan de bataille pour la soirée : impossible en effet d’aller butiner tous les 24 concerts proposés ce soir là sur les 6 scènes mises à disposition des artistes, il faut donc faire des choix qui s’avèrent au fur et à mesure plus ou moins pertinents, mais bon, le jeu de la loterie est plutôt amusant.

Le zapping stylistique commence avec les londoniens de Fanfarlo, qui proposent une pop très symphonique par ses rythmes et ses arrangements : des valses et des ballades accompagnées à la trompette, au ukulélé, au violon et au xylophone, et des percussions brutes un peu tribales. La recette est bonne, bien que pas forcément très énergique, mais les mélodies sont convaincantes et le chanteur très investi. Voilà une prestation plutôt bien menée, mais j’ai envie d’apercevoir la fin du set de Hugh Masekela. Je migre donc, et trois odeurs de « Hot Fondue » plus loin (on raconte que ce truc se mange), en tentant de me frayer un chemin dans la foule, je comprends vite quelle bête de scène j’ai presque manquée : le public est aux anges et hurle son enthousiasme devant ce magnifique artiste sud-africain. L’homme réussit grâce à sa voix rocailleuse, sa trompette et ses musiciens un superbe mariage entre la world-music et le jazz. Ça sera bref mais flamboyant.

Retour ensuite vers la grande scène, où les légendaires Crosby, Stills & Nash entrent dans l’arène. Même si je ne goûte pas forcément le style soixante-huitard-Woodstock en musique, force est d’avouer que les trois crinières blanches polyphoniques se défendent plutôt bien, et de manière évidente se régalent avec leurs impros à la guitare. Apparemment les tignasses grises du public et leurs petits enfants aussi, mission est donc accomplie pour ces « ancêtres » très investis. Une des très bonnes surprises viendra des français de Revolver : ils se révèlent vraiment capables en public de troquer leurs très charmants costumes de troubadours romantico-néo-classiques contre celui de réveilleurs d’audience. Leur pop devient plus électrique, le contact est très bon et ça leur va plutôt bien. En revanche, du côté des déceptions, il y a Archive, et son discours si filandreux et long à venir qu’il me faut moins de 10 minutes pour préférer admirer le jeu de la lune dans les nuages et les contrastes des éclairages, que je trouve largement moins ennuyeux.

Paléo : le chapiteau sous la lune

De toute façon, il est temps de profiter de l’appel d’air créé par la présence de Johnny Clegg sur la Grande Scène pour aller choisir une place de choix sous le Club Tent : l’heure de la prestation de Beast a sonné. Et comme je l’espérais, l’énergie brute dégagée par Jean-Philippe Goncalves et Betty Bonifassi est une grosse claque aux petites mauvaises torpeurs : pendant une heure, leur performance ne sera qu’un énorme crescendo sonore et atmosphérique face à un public grossissant et de plus en plus réactif.

On n’obtient pas un tel résultat sans connivence : sur scène, le duo devient quatuor (un musicien joue de la basse-clavier, et un autre de la guitare), et aucun des membres n’est relégué au second plan. Même s’il est difficile de ne pas repérer rapidement le tandem qui mène le jeu, on voit bien qu’entre eux tout n’est que regards, clins d’œil et sourires entendus. Ils attendent deux titres pour se présenter, et c’est ensuite, pendant City, qu’à notre grand plaisir ils commencent à sortir des sentiers connus, à chercher du côté des variations. Avec Ashtray, le son dodu et sombre de la basse commence à accentuer l’impression que Betty est presque en prière : ses sourcils sont froncés, elle vocalise en sculptant l’air de ses mains. Jean-Phi sort de son rôle de batteur/metteur en son pour apporter sa première participation vocale en rappant avec ferveur… histoire de ne pas reculer devant un mauvais calembour, je dirais que c’est vraiment du tripes-rock ! Pas surprenant non plus que la chanteuse évoque les noms d’Ennio Morricone (dont lui est fan) et de Nina Simone (sa voix à elle sonne tellement  noire et jazz !) en guise d’introduction au titre inédit que le groupe interprétera ensuite. À partir de ce moment, l’animal Beast a complètement dompté le public et enchaîne ses titres les plus susceptibles de le faire s’exprimer (Mr. Hurricane, Out Of Control) . Arrow devient un magnifique terrain de jeu pour Jean-Philippe, quasiment chorégraphique quand il joue de la batterie tout en dessinant un tapis de samples sur sa console. L’homme se révèle surtout capable d’une montée en puissance qui tient de la transe mystique lorsqu’il entreprend une improvisation seul, puis en duo avec son bassiste. Sans aucun doute, on croit Betty quand elle scande « I put a spell on you » !

Beast achèvera le sortilège de séduction avec deux rappels diaboliquement rythmés, dont  la superbe variante du gospel Satan. Devil sera démarré sur une scène en cours de démontage, le groupe ne pouvant pas refuser de revenir devant un public aussi  enthousiaste. De manière évidente, et d’après ce que mes oreilles ont pu voler dans les commentaires de la foule, pour beaucoup cette prestation était une découverte musicale et un délicieux choc scénique. C’est certain, Beast sait déployer sur scène des facettes tout juste soupçonnées à l’écoute de l’album : je les croyais capables de beaucoup de créativité et d’énergie. En vérité, voilà une formation qui connait peu de limites à son don au public. Quant à l’énergie, il semblerait bien que ça soit du nucléaire.

Bonne nouvelle, la Radio Suisse Romande met à disposition des internautes, pour écoute et/ou enregistrement, et pour un temps variable selon les artistes des enregistrements des concerts du Paléo. Les groupes cités ci-dessus y figurent presque tous, il suffit de cliquer ici et de choisir l’onglet «jeudi». Le concert de Beast, par exemple, est actuellement disponible en entier à cette adresse. Quant aux amateurs de vidéos, ils devraient pouvoir se régaler avec la chaîne Dailymotion du festival et y retrouver entre autres en intégralité le concert de Hugh Masekela (et même celui d’Archive qui m’a si bien fait penser à autre chose, tiens !). Voilà un bon moyen d’avoir envie de se plonger dans la bonne ambiance d’un grand festival européen.

La 35ème édition du Paléo Festival de Nyon (canton de Vaud, Suisse) avait lieu cette année du 20 au 24 Juillet et nous donne rendez-vous du 19 au 24 juillet 2011 pour son numéro 36.

Crédits photographiques : Nekkonezumi et le Paléo Festival pour le visuel.

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2 Commentaires

  1. M'dame Jo a ajouté ces quelques mots le août 4, 2010 | Permalien

    Voilà une description bien juste de ce concert, même si je pourrais en rajouter deux-trois couches. Bref, c’était « bestial », pour reprendre une expression chère à mon adolescence – je sais, c’est facile. Je réécoute depuis le concert avec délice pendant que l’image défile encore très vive dans ma tête. Encore merci Nekkonezumi pour cette découverte!

    En un mot comme en cent:

    \o/ Hiiiiiiiiiiiiiiiiii \o/

  2. Nekkonezumi a ajouté ces quelques mots le août 5, 2010 | Permalien

    Merci pour les compliments, M’dame !
    Je dois juste préciser, pour y ajouter encore un peu plus de valeur, qu’il n’émane pas juste d’une crieuse de \o/ »Hiiii » assidue (même si je suis pire) mais de quelqu’un qui apprécie et fréquente beaucoup la musique vivante en concert.
    Bref, ce fut un grand plaisir « bestial » de partager mon enthousiasme :-)

Un Rétrolien

  1. [...] Suisse, j’ai découvert les joies du Paléo et j’y ai joué les groupies couinantes du premier rang en compagnie de M’dame Jo. Et [...]

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