Carole King & James Taylor : Du Ronsard et de l’amerloque en même temps…

Pour les Ricains, Carole King & James Taylor sur scène, c’est la madeleine de Proust ! Imaginez-vous quadra ou quinqua apprenant la mise en vente des billets pour la tournée des Zéniths de Souchon / Voulzy ou pour nos fiers anciens la reformation de Claude François… Que de la balle !
La force de ce duo est qu’il ne [...]

Pour les Ricains, Carole King & James Taylor sur scène, c’est la madeleine de Proust ! Imaginez-vous quadra ou quinqua apprenant la mise en vente des billets pour la tournée des Zéniths de Souchon / Voulzy ou pour nos fiers anciens la reformation de Claude François… Que de la balle !

La force de ce duo est qu’il ne doit rien aux maisons de disques. Pas de plans marketing fumeux, genre Emile et Images en retard de paiement de leurs pensions alimentaires, ou Queen + Paul Rodgers en manque de cash… Non, Carole Leroy et Jacques Tailleur c’est quarante ans d’une rare et belle amitié musicale.

liveatthetroubadour

Il faut dire que ces deux là ont sûrement enregistré les deux meilleurs albums US du début des années 70 : Tapestry pour Carole King et Sweet Baby James pour James Taylor. Mais ne brûlons pas les étapes…

A la fin des années 60, la musique américaine s’éloigne des sons rocks psychédéliques pour se rapprocher d’une esthétique plus douce et contemplative. Moins proche des Flower Pot Men que de  Woody Guthrie, le jeune James Taylor, originaire de la Caroline du Nord, quitte l’Angleterre. Le flop de son premier album sobrement intitulé James Taylor et sorti sous le nouveau label des Beatles, Apple Records, ne l’a pas aidé à soigner sa déprime chronique et son goût pour les drogues dures. Heureusement, Londres lui a permis d’étoffer nettement son carnet d’adresse et en particulier d’y inscrire le nom de Peter Asher. Faut dire que ce sympathique rouquin à lunette, moitié du défunt duo Peter & Gordon et ex-beau-frère de Paul McCartney a décidé de prendre en main la destinée musicale de JT malgré ce premier échec. Les deux compères s’envolent pour la Californie, signent chez Warner Bros. Records et s’attèlent fin 1969, à l’enregistrement du second opus dénommé Sweet Baby James, produit par Peter. Composé de chansons introspectives au couleur folk-rock, l’album rencontre un grand succès critique et public. James fait la couverture de Time Magazine, pendant que, excusez du peu, le dieu Elvis ému ajoute Steamroller Blues à ses concerts. Sweet Baby James atteint la 3ème place des charts US, tout comme le single Fire And Rain, inspiré de l’expérience des hôpitaux psychiatriques de son auteur et de la mort de son amie Suzanne Schnerr. Les temps ont changé. Jimi et Janis sont partis. L’époque n’est plus au All You Need Is Love de Yellow Submarine mais au Suicide Is Painless de M.A.S.H.

Si l’on jette un œil sur la pochette de Sweet Baby James, on remarque la participation au piano et chœurs de Carole King. Cette jeune femme hyper douée n’est pas une inconnue dans le paysage musical des sixties. Elle au piano et son époux Jerry Goffin au stylo ont signé une dizaine de hits américains, comme The Locomotion pour Little Eva (leur baby-sitter) ou (You Make Me Feel) Like A Natural Woman pour Aretha Franklin, avant de se séparer. Encouragée par ses amis Paul Simon et Jackson Browne, elle décide alors d’écrire ses propres textes et de publier ses chansons sous son nom.

En novembre 1970, tandis que les bombes pleuvent sur les rizières du Viêt-Nam, James et Carole montent ensemble sur scène pour la première fois au Troubadour, célèbre club californien où Elton John, Linda Ronstadt, ou les Eagles prennent régulièrement leurs quartiers. Le backing band local The Section se compose de Danny Kortchmar à la guitare (un ami d’enfance de JT qui l’a présenté à CK), Russell Kunkel aux baguettes et Leland Sklar à la basse. Les musiciens se connaissent ; les deux premiers ayant accompagnés JT  sur Sweet Baby James.

En mars 1971, la même équipe plus quelques pointures et amis dont Joni Mitchell (autre grand prêtresse folk de l’époque) enregistre les nouvelles compositions de CK. Les chansons comme It’s Too Late, So Far Away et I Feel the Earth Move sont de toute beauté ! Le Nirvana est atteint avec le bien nommé You’ve Got A Friend chef-d’œuvre absolu n’ayant rien à envier aux autres hymnes empathiques gospelisant de l’époque, tels Bridge Over Troubled Water de Simon & Garfunkel ou Let It Be des Beatles.  Son nouvel album Mud Slide Slim and the Blue Horizon quasiment terminé, JT demande à CK la permission d’enregistrer sa version de You’ve Got A Friend avant la sortie du 33 T. Carton absolu ! Numéro 1 partout ! L’hyper-sensibilité de JT fait mouche dans l’Amérique de Nixon. Quelques semaines plus tard Tapestry est dans les bacs, Carole en vendra 25 millions…

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Trente-six ans plus tard, du 28 au 30 novembre 2007 pour être précis, nos deux héros accompagnés de  The Section reformé pour l’occasion, reviennent jouer au Troubadour pour le 50ème anniversaire du club. Produites par l’inoxydable Peter Asher, sous le nez des caméras de Martyn Atkins, leurs prestations sont enregistrées et viennent de sortir dans un package CD/DVD. Sur Live At The Troubadour, quinze morceaux de choix puisés dans les 29 joués sur scène ce soir-là en version et vidéo.

Côté image, attention les yeux pour les Hibernatus qui les ont perdus de vue depuis les années 70. La décongélation risque d’être éprouvante ! James « Cabrel époque D’Artagnan » s’est métamorphosé en un souriant Jean-Pierre Bacri, tandis que la bab Carole « Ingalls Petite maison dans la prairie » ressemble maintenant à Streisand sans lifting…  La scène du club est intime et dépouillée comme s’ils jouaient dans notre salon. Carole est familière de la chose : sa dernière tournée s’appelait « The Living Room Tour ». Du Steinway à la Takamine, ça fleure bon l’encaustique et le jean en coton.

Côté musique, par bonheur, leurs voix sonnent toujours aussi impeccablement justes. Elles ont même gagné en émotion et en profondeur. Le choix des titres, quasiment que des classiques extraits de Tapestry, Sweet Baby James, Mud Slide Slim and the Blue Horizon et James Taylor fait de Live At The Troubadour un disque rafraîchissant qui donne la chair de poule même en plein été !

Rayon backing band : La palme sur la cerise revient sans hésitation à Leland Skar, vieux druide flegmatique et sa virevoltante basse, toujours présente sans être bavarde. Le batteur Russell Kunkel impressionne moins rejouant aux breaks près, les partitions des disques comme sur Country Road. Quant à Danny Kortchmar, il a l’air un peu perdu, en retrait par rapport aux autres, distillant néanmoins quelques très bons soli rock comme It’s Too Late ou Smackwater Jack.

Par le bouche à oreille, l’album de la new-yorkaise frisée et du bostonien déplumé, sorti il y a un mois aux States, s’est hissé sans gros tambour, ni trompette dans le Top 10 US. « Bonne nouvelle » dirait leur fan numéro un, le déjà cité Francis Cabrel. Et moi, devant tant de beauté, je pense à Nougaro dans la grosse pomme…

PS : Une tournée mondiale Troubadour Reunion Tour avec scène centrale a débuté ce printemps et prévoit un passage par la vieille Europe à l’automne ou à l’hiver prochain. Nous nous y verrons sûrement…

Live At The Troubadour, de Carole King & James Taylor
Sortie le 14  juin chez Starcon
Crédit photo : (1) James O’Mara / (2) inconnu

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