Guided By Voices : Let’s Go Eat The Factory – Comment dit-on Milestone en français déjà ?

Attention chef-d’œuvre. Pas courant de se dire ça au bout de quatre morceaux. Et de continuer ainsi jusqu’à vingt et un, pour un moment d’anthologie du rock indé. Et de confirmer à la deuxième écoute. Et de… oui, vous aviez compris ?… OK, OK, j’enchaîne. Mais que voulez-vous, je déborde de gratitude pour Let’s Go [...]

Attention chef-d’œuvre. Pas courant de se dire ça au bout de quatre morceaux. Et de continuer ainsi jusqu’à vingt et un, pour un moment d’anthologie du rock indé. Et de confirmer à la deuxième écoute. Et de… oui, vous aviez compris ?… OK, OK, j’enchaîne. Mais que voulez-vous, je déborde de gratitude pour Let’s Go Eat the Factory (qui de plus flatte génialement mon vieil esprit marxisant par son titre…), le nouvel album du groupe Guided By Voices.

Gratitude d’abord pour la liberté, ces chansons de cinq minutes ou quarante-cinq secondes, parce que les musiciens le sentaient comme ça. Un format ? Pfff. Une moyenne ? Les statistiques c’est bon pour le baseball ou la sociologie. Une ligne éditoriale ? Ben voyons, et pourquoi pas un plan d’épargne logement ou une assurance-vie ? Tu prends ta guitare ou ton violon ou ton clavier ou ton os de dromadaire, que sais-je, pis tu y vas, tu joues et ça finit quand ça doit finir. Tu aimes Led Zeppelin, les Stones, les Fab Four, les Eighties ? Et alors, t’as peur que ça s’entende ? Oui, cette liberté-là se sent, se ressent à chaque morceau et ça fait du bien !

Gratitude ensuite pour la variété, de sons et de rythmes. Si la guitare est l’instrument le plus utilisé, il est décliné sous ses formes rock les plus éclectiques, garage band, lo-fi, blues, ligne claire, folk song, new wave, grunge… Et que ce soient les cuivres ou les claviers, les cordes ou les voix, on adhère. Les ombres portées de Sonic Youth, des Beatles, des premiers Pink Floyd passent comme des anges (oh, le somptueux Doughnut for a Snowman), et l’écho de groupes éphémères aujourd’hui plus ou moins oubliés se retrouve dans Waves (The Breeders / The Amps), Spiderfighter (Shaddy) ou Chocolate Boy (Pavement).

gbvcover

Gratitude enfin pour la simplicité. Quelques exemples : Hang Mr Kite, courte ballade de violons mélancoliques. God Loves Us, leçon de basse et guitare pour réveiller tout rocker ayant sombré dans la mollesse chichiteuse. My Europa, voix plus guitare râpeuse, un vrai bijou.

Attention cependant, l’album est encore plus malin que l’on croit. L’ironie des titres, à multiples tiroirs, en est la preuve. Ils constituent autant de clins d’œil à l’époque (How I Met My Mother)  qu’à l’histoire (My Europa, Imperial Racehorsing), ou soulignent délicatement un esprit presque oulipien (Who Invented the Sun, The Things That Never Need).

Je savais que Robert Pollard, l’ancien instit de l’Ohio aux plus de 800 chansons, seul membre permanent de GBV au cours de ses vingt-cinq années d’existence, n’était pas exactement un clampin. Je me souvenais vaguement que le groupe, crée dans les années 80, s’était séparé (en 2004) et reformé depuis peu. Comment ai-je pu, jusqu’à cette bonne année 2012, ignorer leur œuvre ? Mea maxima culpa. Le titre final s’intitule : We Won’t Apologize for the Human Race. Tu m’étonnes, John…

Guided By Voices : Let’s Go Eat The Factory
Fire Records
Sortie le 24 janvier 2012
Crédit photographique : © site officiel des artistes

Mots-clefs :

POSTER UN COMMENTAIRE

Votre e-mail n'est jamais ni publié ni partagé. Les champs obligatoire sont marqués par une *

*
*

NUAGE DE TAGS

FLUX

LogoFacebook LogoTwitter