Certains disques nécessitent une longue et laborieuse présentation, avec historique du groupe, anecdotes savoureuses qu’on fera semblant de ne pas avoir piquées sur un autre site 1, formules-à-l’emporte-pièce-qui-ne-veulent-pas-évidemment-dire-grand-chose et name dropping d’influences – histoire de bien montrer qu’à défaut de connaître le groupe on connaît un minimum son sujet. D’autres, plus pratiques à chroniquer mais qui donnent fatalement des articles moins longs, parviennent à trouver un petit quelque chose de programmatique autorisant à emprunter les chemins de traverse. Ici le nom du groupe, là le titre de l’album, là encore – mais trop rarement hélas – une pochette évocatrice. The Experimental Tropical Blues Band s’inscrit dans cette catégorie, qu’il attaque par la bande : pour résumer son nouvel opus Liquid Love, pas la peine de s’adonner à des jeux de mots avec le patronyme des ces Belges 2. Il suffit de signaler que l’ouvrage est produit par Jon Spencer.
Cela sonne évidemment comme un label de qualité, Spencer n’étant pas spécialement connu pour produire le premier cake qui lui demande 3. En l’occurrence, cela sonne comme un label – tout court. Pas un seul des douze titres composant Liquid Love qui n’évoque de près ou de loin la légende new-yorkaise et son Blues Explosion, toujours plus ou moins muet depuis huit ans maintenant. Une rencontre somme toute logique, puisque l’influence était déjà là sur les précédents disques du groupe. On verra donc plus volontiers Spencer comme un type naturellement attiré par un univers parlant au sien que comme un vampire. Le résultat demeure de toute façon fondamentalement le même : Liquid Love est une tuerie garage où les répits se font rares, et qui ravira indiscutablement tous les fans laissés pour compte du JSBX – qu’importe le pourquoi du comment. D’une certaine manière, Liquid Love démontre même en creux que le style du trio est nettement plus marqué que ce que l’on aurait eu tendance à penser de prime abord (ici il n’est peut-être pas inutile de préciser qu’au moment de poser l’album sur la platine, on ignorait tout du nom du producteur, ce qui nous a pas empêché de penser très fort à lui).
Si l’on voulait filer la comparaison jusqu’au bout (et croyez-moi, il est bien difficile de ne pas le faire), il faudrait d’ailleurs avoir l’honnêteté de reconnaître que The Experimental Tropical Blues Band vient de signer un album en tout point meilleur que tout ce que son nouveau mentor a réalisé depuis une bonne décennie. Vif, incisif, Liquid Love ne contient que peu de gras et beaucoup de nerf, ce qui est assez chiant à mâcher pour une viande mais tout à fait jouissif dans le cas d’un disque de garage-rock. Certes, un peu comme Spencer, le groupe a toujours le son et l’attitude, et pas toujours les chansons. On jurerait que c’est une maladie très répandue dans le garage d’aujourd’hui, de sur-évaluer l’importance de l’énergie au détriment du songwriting. Des trucs comme Sex Games ou Tetbb Eat Sushi valent plus pour leur niveau d’adrénaline que pour leurs qualités mélodiques et s’annoncent autant comme des futurs moment de transe live que comme des titres qu’on n’écoutera plus dans un mois. Mais cette dérive un brin cabotine est cependant bien mieux domptée que par le passé, laissant ici la place à des compos d’un tout autre calibre que ce que l’on avait pu entendre jusque-là chez l’ETBB : rien que Can’t Change, heavy braillard, peut-être un brin surjoué, vaut le détour. Lorsque la vitalité du groupe et le son du boss rencontrent des mélodies, le résultats est d’une classe assez affolante, notamment sur de The Best Burger et Keep this Love, qui composent l’ouverture d’album la plus fabuleuse que l’on ait pour l’instant entendue en 2012 4.. Dans ce genre de moments dont Liquid Love est loin d’être avare (Do It to Me, Break up, Holy Piece of Wood…), le groupe n’a nullement besoin de tenter de légitimer sa démarche par une quelconque originalité. Son rock’n'roll flamboyant parle de lui-même, fulmine, renverse, et s’impose sans grand mal parmi les must de ce début d’année. On n’a pas beau n’avoir aucune sympathie pour les augures, on ne serait pas très étonné d’entendre souvent parler de l’Experimental Tropical Blues Band dans les mois qui viennent.
Liquid Love : « A Sophisticated Meeting Place », de l’Experimental Tropical Blues Band
Sortie française le 27 février chez Jaune Orange
Crédit photo : site des artistes
1. Non, bien sûr, personne ne fait jamais ce genre de chose. Je déconne.
2. Il va sans dire que certains ne s’en priveront pourtant pas, et il va sans dire qu’on les plaint par avance.
3. Certes, il a également fait un featuring chez Eros Ramazzotti. On le sait peu.
4. Même si en fait, l’album a paru en Belgique cette automne.










Un Commentaire
Je ne parlerai pas du particulier dont tu parles très bien (à savoir cet excellent groupe belge, voisin de palier et que je conseillerai plus spécialement de voir en live) mais du général.
Je ne suis guère d’accord avec l’affirmation : « On jurerait que c’est une maladie très répandue dans le garage d’aujourd’hui, de sur-évaluer l’importance de l’énergie au détriment du songwriting ». J’ai plutôt l’impression qu’au contraire, dans le passé, le garage était très gravement touché par cette maladie qui fait faire des albums où on entend que du larsen et des réverbérations. Et d’après moi, depuis un certain temps, il se soigne avec succès au profit de la mélodie et des chansons. D’où sa meilleure santé…
Tiens un peu d’auto-pub tout de même : les photos des Tropical liégeois lors de la présentation de l’album au public : http://mmarsup.blogspot.com/search/label/The%20Experimental%20Tropic%20Blues%20Band
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