Une fois n’est pas coutume, commençons par la fin. Celle de la première saison de The Killing en avait laissé plus d’un sceptique, par sa brutalité, par sa sécheresse, par cette manière de couper court à toute tergiversation qui, pour raccord qu’elle fût avec l’esprit de la série, n’était tout de même pas très nourrissante. Celle de la seconde, elle, laisse carrément pantois. C’était donc ça !, s’exclame-t-on comme un seul homme. Mais pas pantois sur le mode Mon Dieu ! Il faut absolument que je revois tous les épisodes, histoire de trouver les indices. Plutôt sur le mode Mon Dieu, je promets de ne jamais revoir tous ces épisodes afin de ne surtout pas m’apercevoir des béances narratives et des incohérences qui s’y trouvent très probablement.
Il est impossible de ne pas commencer par la fin car, autant la première saison avait démasqué le coupable de manière progressive et avec une relative habileté (même si on avait deviné depuis quelques épisodes), autant cette fois-ci on a tout de même du mal à se défaire du sentiment que les scénaristes se sont fait plaisir en prenant à revers le pauvre spectateur – pour ne pas dire en le prenant pour un con. Et c’est lamentable. Pas comme ça, en soi. C’est lamentable parce qu’à un demi-final mis à part, The Killing avait réussi un sans faute, une seconde saison quasi-parfaite et largement à la hauteur de la première (ce n’est pas si courant), qui plus est en amorçant une vraie tentative de renouvellement, aussi bien dans l’intrigue (très différente) que dans le casting (rien que des nouveaux personnages, à part deux) ou la structure du récit.
S’intéressant désormais aux dommages collatéraux de la Guerre d’Afghanistan, pour laquelle le Danemark a fourni l’un des plus gros contingents de soldats, le feuilleton reste fidèle à son goût pour les intrigues les plus touffues et à son approche chorale des faits divers les plus sordides. Peut-être plus encore qu’avec la mort de l’enfant, Søren Sveistrup démontre avec une remarquable intelligence comme l’état de guerre s’insinue dans l’inconscient collectif, même et peut-être surtout lorsque – le cas échéant – la guerre a duré si longtemps, si loin des yeux comme du cœur de la population, qu’elle a fini par en devenir abstraite. C’est parce que le Danemark – comme la France – ne se vit pas comme un pays en guerre que toutes les dérives sont possibles, et que la série de meurtres à laquelle est confrontée Sarah Lund heurte d’autant plus violemment l’opinion publique.
Plus ramassée (dix épisodes seulement), la série gagnée en efficacité ce qu’elle a tendance à perdre en simplicité, tant les ramifications de l’affaire sont multiples et complexes, avec notamment des personnages secondaires encore plus nombreux et présents, quand la précédente saison avait tendance à les faire disparaître subitement lorsqu’ils ne servaient plus à rien. Et pourtant, elle tient. Enfin, jusqu’à la résolution finale, que l’on se doit de mettre en quarantaine dans un coin de nos têtes afin de préserver le plaisir (réel et intense) qu’ont procuré les neufs épisodes et demi qui viennent de s’écouler. Et qui confirment sans problème que The Killing est une des toutes meilleures séries en activité, voire une possible prétendante au trône… le jour où elle saura un peu mieux soigner ces sorties.
The Killing (saison 2), créée par Søren Sveistrup
Titre original : Forbrydelsen
Sortie le 28 février, chez Universal
Avec Sofie Gråbøl, Morten Suurballe, Mikael Birkkjær, Nicolas Bro…
Caractéristiques techniques : Danemark, 2009 ; 10 x 55 minutes (4 DVDs); format 1.78:1 – compatible 16/9 ; version originale sous-titrée stéréo et dolby digital 2.0
Crédit photographique : Universal










Un Commentaire
Je confirme l’impression, lorsque j’avais vu sur Arte les épisodes, d’être un peu pris pour un con avec le final. Pour le reste, très belle analyse !