Oh, un beau livre sur la pop suédoise, et en version PDF, moi qui adore lire sur tablette, chic. Livre d’un photographe (j’imagine français vu son nom) qui est parti en Suède rencontrer une bonne trentaine d’artistes de la scène indie-pop afin de les photographier. But : « révéler un pays et une génération de musiciens ». On ne trouvera donc pas de littérature musicale ici, pas plus que des liens vers un site où écouter les musiques des auteurs. Heureusement, le livre n’étant disponible qu’à l’achat en ligne, il vous sera proposé plusieurs formules dont une inclut des mp3. De plus, sur le site officiel de ce projet, vous pourrez écouter les artistes tout en parcourant des photographies incluses dans l’ouvrage. Saluons cette initiative, dans un monde où les éditeurs papier continuent de nous faire passer leurs vessies parcheminées pour des lanternes de résistance à la modernité.
Mais, hélas, il apparaît bien vite que le seul intérêt du bouquin repose sur les photographies. Fort bonnes, j’en conviens, dans leur technique. Hélas derechef, elles sont accompagnées de textes, comment dire, de qualité assez médiocre. Voire très médiocre. Je me suis demandé, après lecture de l’ouvrage, si le sujet avait une quelconque importance tant j’y ai lus de clichés et de lieux communs, à la fois sur la musique, sur les musiciens et sur la Suède. En effet, on y apprend que les artistes suédois, du fait d’un long hiver et d’un manque de soleil, souffrent de mélancolie dépressive et cyclique qui affecte forcément toute leur production musicale. L’héliocentrisme explique tout, messieurs-dames ! C’est bien connu, rien de plus primesautier et pétillant, voire solaire et lumineux que les musiciens poussés en graine sous les ciels bleus, hein, ça chante là-bas, ça rit pis ça crie ! Tandis qu’en Scandinavie, ça fait la tronche et ça soupire, ça chante au ralenti sur trois notes de synthé… et ça se bourre la gueule le vendredi soir jusqu’à tomber dans le fjord de désespoir romantique.
J’en ai un peu ma claque de lire de tels poncifs. Autant faire la liste des savons qui piquent les yeux, des frêles esquifs navigant sous une lune improbable et des roses du matin qui évoquent la beauté des femmes épanouies… Du début à la fin, des clichés. Des banalités poseuses, comme la plupart des artistes d’ailleurs qui affectent les attitudes rock de rigueur : mine défaite, moue boudeuse, regard affecté, pieds nus genre « ranafou’t », bien entendu presque aucun mec ne connaît l’usage du rasoir et aucun celui du sourire, bien entendu aucune fille ne sort du plan « femme-enfant », « punkette crado » ou » femme fatale mais je-n’y-pense-pas » : aucun naturel donc dans tout ça, alors que l’un des buts (si j’ai bien compris mais sans doute pas) de l’auteur est de montrer de « vrais » (et toc moi aussi je tombe dans le cliché) gens dans leur quotidien.
Au début, dans une sorte d’introduction là aussi pleine de gentils phototypes sur la Suède, l’auteur lâche : « J’ai partagé des moments avec des gens que je ne connaissais qu’à travers leur musique, des étrangers qui ont joué le jeu que j’avais imaginé. » Aveu indirect qu’il est arrivé avec tant de boîtes pré-construites à remplir que le résultat ne pouvait être différent. J’appelle cela céder à la facilité et c’est marrant, pour revenir à la musique de tous ces artistes, pour le coup ça colle assez à ce que j’ai entendu, cette facilité. Après avoir écouté plus de la moitié des artistes évoqués, je suis resté vraiment sur ma faim. Outre les photographies, on trouvera trois cartes extrêmement sommaires et donc assez inutiles, l’une du pays, les deux autres de Stockholm et de Göteborg, les deux métropoles principales. Au total donc, je suis plus que réservé sur ce livre. Mais en même temps je suis ravi qu’il existe dans ses formes multimédia, et je pense qu’il trouvera son public. Et qu’on ne me traite pas de « suédoisphobe », j’y ai de bons amis. De plus c’est un des pays, avec le Canada ou la Finlande, où je pourrais m’installer avec grand plaisir. Ouaip, moi, le manque de soleil, hé ben ranafou’t !
Swedish Music Landscape
Photographies et textes de Julien Bourgeois
ÉditionsMicrocultures – Paris, avril 2012 (version ici chroniquée : textes en anglais, format PDF)
Sortie du livre papier le 10 mai 2012
Une version pour Ipad est prévue début juin
Crédits photographiques : ©Julien Bourgeois









3 Commentaires
Je n’ai fait que feuilleter le livre, mais pour bien connaître la Scandinavie, c’est vrai que la question de l’humeur est étonnante, ce sont des pays où les gens sont pour la plupart charmants, très chaleureux et plutôt biens dans leur peau (leurs économies, florissantes par rapport aux nôtres, aident bien). Cela dit à la décharge de l’auteur, il s’intéresse aussi, j’ai eu l’impression, à un aspect de la scène suédoise en particulier, qui n’est pas le plus guilleret (c’est peu de le dire). La Suède, c’est aussi le pays des Hives, des Hellacopters, pas vraiment des mormons dépressifs. C’est sûr qu’a priori si tes guides sont Jay-Jay ou Loney Dear, ton voyage va être moins marrant.
Est ce qu’il y a un article et photo dedans sur Magnus Uggla ? je suis fan !
Non !.. désolé pour vous…